Frédéric Berthet (5)



C’est curieux. C’est un peu comme si Frédéric Berthet s’invitait désormais ici même le 1er de chaque mois. A priori, cela prendra la forme d’un document, accompagné d’une explication plus ou moins minutieuse de Norbert Cassegrain (notre pourvoyeur) ou d’un commentaire maison – voire d’un mélange des deux.

Ici, nous sommes toujours dans Daimler s’en va, plus précisément à la page 49. Daimler a l’idée (subite) de descendre à la cave pour inspecter sa bibliothèque.

Les circonstances sont celles du retour à Paris en 1987, après trois années passées aux Services Culturels de l’Ambassade de France, situés 972 Fifth Avenue (chaque matin FB traverse Central Park d’Ouest en Est pour s’y rendre – son studio se situe 20 W 72nd, juste à l’angle du Dakota). Automne : inspection des malles entreposées 6, rue Tournefort. Le manuscrit de Daimler s’en va est daté de l’hiver 1987 (parution en mai 1988).

Sur la table (5e étage) : le roman programmé à la suite de Simple journée d’été (publié en janvier 1986, mais composé d’urgence au printemps 1984, avant le départ pour New York). Et nous passons du projet initial des Mémoires de Charles Bonneval (cette part d’enfance laissée en suspens dans le prologue de SJE) à la décision de son acolyte Raphaël Daimler de plier les gaules. Ces mémoires, d’ailleurs, seront reprises dans la foulée sous le titre Traité Complet de Pêche (suivi de : Le tennis moderne en cinq leçons). Noter, à ce propos, la parution en 1986 de la version française d’une véritable bible : The Compleat Angler or The Comtemplative Man’s Recreation, d’Izaac Walton, aux éditions Jérôme Millon (Le Parfait Pêcheur à la Ligne ou le divertissement du contemplatif). Le Traité est resté en chantier, au fil des années, mais nous en retrouverons bientôt les échos.


Cela dit, afin d’être plus précis, il faut également noter que le personnage de Raphaël apparaît pour la première fois à la fin du mois de novembre 1982 (page 594 du Journal de Trêve) et constituera avec Charles et Maxime (qui apparaît peu de temps après) une discrète (sinon secrète) société au cours de l’année 1983. L’histoire du trio “CMR” est restée inédite, évidemment. Si bien que les récits publiés ne sont que les parties visibles (ou émergées) d’un plus vaste ensemble.

Nous retrouvons donc Raph page 51, sa torche électrique à la main, qui tombe sur un livre offert un peu plus de dix ans auparavant (septembre 1976), lors d’un premier séjour à New York (ce voyage est l’un des motifs du Journal de Trêve). Le livre, intitulé There Are Two Lives ; Poems By Children Of Japan (Simon & Schuster, 1970), contient un envoi d’Haruna Kimura (la traductrice), compagne à cette époque de John Rajchman (Columbia University), l’un des amis américains de FB. Le document reproduit en tête de ce billet n’est autre que la dédicace de Haruna Kimura (incidemment, on pourra rapprocher There Are Two Lives du titre original de la Série Noire n° 73 évoquée précédemment : Bodies Are Dust).

Daimler a-t-il jamais su ce que voulait dire cette dédicace ?

C’est Pierre Bayard, dont l’épouse est japonaise, qui a bien voulu tenter de résoudre l’énigme. Ce qui, après quelques péripéties, donne ceci :

Voici la réponse pour la dédicace. Ma femme a dû aller demander à une spécialiste du Nô ! Il s’agit donc d’une pièce de Nô, intitulée Shôjô, dont le thème général est la célébration de l’ivresse et de l’alcool. La citation est coupée d’une manière un peu étrange dans le texte :
Quelle joie !
Étant donné que ton coeur est doux, (suite du texte, qui ne se trouve pas dans la dédicace : “je vais te verser du vin dans cette jarre”).
Transcription :
Arigataya
Onmikokoro sunao naru ni yori

Fidèlement,

Pierre Bayard

Et Raphaël Daimler est ému.

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