Le 29 mars 1832



commentaire : en annexe du Spleen de Paris, de Baudelaire, il y a une liste de projets (trois listes, en fait), pour la plupart à l'état de titres, qu'on parcourt rêveusement en songeant à ce qui aurait pu être... Parmi ces titres, il en est un qui revient à deux reprises, légèrement modifié : Le Choléra à l'Opéra et Le Choléra au bal masqué. C'est qu'il y eut bien en 1832 une pandémie venue d'Inde qui toucha toute la France et fit en quelques mois près de 100 000 victimes rien qu'à Paris. Henrich Heine qui se trouvait alors dans la capitale rapporte dans son De la France l'arrivée du choléra à Paris :
« Son arrivée fut officiellement notifiée le 29 mars, et comme c’était le jour de la mi-carême, qu’il faisait beau soleil et un temps charmant, les Parisiens se trémoussèrent avec d’autant plus de jovialité sur les boulevards, où l’on aperçut même des masques qui, parodiant la couleur maladive et la figure défaite, raillaient la crainte du choléra et la maladie-même. Le soir du même jour, les bals publics furent plus fréquentés que jamais ; les rires les plus présomptueux couvraient presque la musique éclatante ; on s’échauffait beaucoup au chahut, danse un peu équivoque ; on engloutissait à cette occasion toutes sortes de glaces et de boissons froides quand tout à coup le plus sémillant des arlequins sentit trop de fraîcheur dans ses jambes, ôta son masque et découvrit à l’étonnement de tout ce monde un visage d’un bleu violet. On s’aperçut tout d’abord que ce n’était pas une plaisanterie, et les rires se turent, et l’on conduisit bientôt plusieurs voitures de masques du bal immédiatement à l’Hôtel-Dieu ; hôpital central où, en arrivant sous leurs burlesques déguisements, le plus grand nombre moururent. Comme dans le premier mouvement d’épouvante, on croyait à la contagion et que les anciens hôtes de l’hôpital avaient élevé d’affreux cris d’effroi, on prétend que ces morts furent enterrés si vite qu’on ne prit pas le temps de les dépouiller des lèvres bariolées de la folie et qu’ils reposent dans la tombe gaiement comme ils ont vécu. »
C'est à partir de ce texte particulièrement imagé qu'Alfred Rethel donna une gravure célèbre, et tout aussi frappante, avec cette mort jouant de deux os comme d'un violon et le choléra à l'arrière-plan. C'est sans doute à cette gravure que pensait Baudelaire, qui avait rapidement remarqué les oeuvres sombres et hantées du peintre allemand, qui mourut jeune et fou. 
Si Baudelaire n'écrivit pas son poème, un autre le fit à sa place, un certain Gustave Le Vavasseur. Hasard ? Pas vraiment, puisque Le Vavasseur, poète oublié, fut un grand ami de Baudelaire. Voir ici les explications de Remy de Gourmont.




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