Le Triomphe Philippe Berthelot


On a repris la lecture des Précieux de Bernard Faÿ - après le délicieux intermède que nous a offert le César Capéran de Louis Codet -, et un passage, dans le chapitre consacré à Claudel, nous a arrêté. Il y est question de Philippe Berthelot et d'un célèbre sonnet en "omphe" qu'il aurait écrit avec son frère Daniel. On a fini par retrouver le poème, assez réjouissant, qui joue sur des rimes improbables, voire impossibles, "triomphe" ayant la réputation (usurpée ou non) d'être le seul mot du français à ne pas posséder de rime.

Alexandre à Persepolis

Au-delà de l’araxe où bourdonne le gromphe,
Il regardait sans voir, l’orgueilleux Basileus,
Au pied du granit rose où poudroyait le leuss,
La blanche floraison des étoiles du romphe,

Accoudé sur l’Homère au coffret chrysogonphe,
Revois-tu ta patrie, ô jeune fils de Zeus,
La plaine ensoleillée où roule l’Enipeus
Et le marbre doré des murailles de Gomphe ?

Non ! Le roi qu’a troublé l’ivresse de l’arak,
Sur la terrasse où croît un grêle azedarac,
Vers le ciel, ébloui du vol vibrant du gomphe,

Levant ses yeux rougis par l’orgie et le vin,
Sentait monter en lui comme un amer levain
L’invincible dégoût de l’éternel triomphe.


Note : Philippe Berthelot (1866-1934) est ce qu'on appelait naguère une "éminence grise". Il fut en particulier secrétaire général du ministère des Affaires Étrangères, où il favorisa la carrière de Paul Claudel, Jean Giraudoux, Paul Morand ou Saint-John Perse, qui lui succéda. Il fut une figure déterminante de la diplomatie française, politique mais aussi culturelle, au début du XXe siècle.


Vignettes (2)



Les huit vignettes que l'on a publiées hier sans commentaire étaient extraites du premier catalogue des Éditions du Promeneur, imprimé en mars 1988. Lesdites vignettes étaient bien sûr signées Pierre Le-Tan et illustraient chacune l'un des huit premier livres du Promeneur.

Le retable, de Vincenzo Consolo
Lunaria, de Vincenzo Consolo
Les Excentriques anglais, d'Edith Sitwell
Chatterton, de Peter Ackroyd
Les Soeurs Materassi, d'Aldo Palazzeschi
La Cuisinière poétique, de Charles Monselet
Polaroïds, de Carlo Mollino
Les Antécédents idéologiques de la calandre Rolls-Royce, d'Erwin Panowsky

On ne résiste pas à l'envie de reproduire les lignes aux allures de manifeste qui ouvraient le catalogue. On s'y reconnaît fortement.

Un promeneur est, par définition, amené à faire des rencontres. Le goût de ces amitiés, des hasards et de l'occasion : de ces trouvailles qui tombent à point nommé, qui tombent juste - tel est le principe, si c'en est un, qui nous a toujours guidés. Nous découvrant, bien entendu, progressivement, cohérences et perspectives sous ce qui n'apparaissait à l'origine qu'aléatoire.
Un essai sur l'art, tel grand roman d'une culture étrangère oublié jusque-là comme par mégarde, l'album d'images d'un grand excentrique, les divagations d'un baroque quelconque, se succéderont, au fil des mois, sans souci des limites de genre ou d'attribution, des frontières et des stéréotypes; l'ouvrage majeur côtoiera la rareté, le français l'étranger, l'essai le roman, l'ancien le moderne, l'inédit l'oublié. Une seule exigence, en somme : le souci des formes, le sens, et la liberté, du style.

Patrick Mauriès


Vignettes

















Louis Codet - César Capéran ou la Tradition



On a déjà évoqué ici la façon dont on est tombé sur ce petit livre (110 pages, publié au Rocher dans la collection Motifs). Maintenant qu'on l'a terminé, on comprend mieux pourquoi Gaston Gallimard insista tant pour le publier. C'est un petit joyau. Il tire son charme et sa force de sa brièveté même ; de la justesse de certains décors - il y a des scènes inoubliables dans les combles d'un ministère. Et puis, derrière la silhouette de César Capéran, monté on ne saura jamais trop pourquoi de sa campagne toulousaine pour se mêler au monde des lettres parisiennes, on n'a pu s'empêcher de voir passer celles du M. Teste de Valéry, du Bartleby de Melville ou du Jean Dézert de De la Ville de Mirmont. Autant dire qu'il y a urgence à aller jeter un coup d'oeil à ce roman en mineur, qu'on a déjà envie de relire. Louis Codet a en tout cas bien mérité sa rue à Paris...




DJ Sprinkles - Grand Central, Pt. II (72hrs. By Rail From Missouri)




Commentaire : on recommande chaudement l'album Midtown 120 Blues, sorti en début d'année, et qui est un très bel hommage, assez nostalgique, à tout un pan historique de la house music - au tournant des années 80/90.

Reading People - Raymond Chandler



Commentaire : trouvée ici, cette photo miraculeuse est en réalité un extrait d'Assurance sur la mort de Billy Wilder (1944 - titre original Double Indemnity). Le temps d'une figuration éclair, on y entrevoit furtivement le créateur de Philip Marlowe. Chandler était co-scénariste du film avec Wilder lui-même, d'après le roman homonyme (dans sa traduction française, le titre original étant Three of a Kind) de James M. Cain.

Le prix du Nouveau Monde



On a commencé la lecture des Précieux de Bernard Faÿ, personnage trouble et déconcertant à qui Antoine Compagnon vient de consacrer une biographie. Ce sont les souvenirs de l'auteur (publiés en 1966) sur ses rencontres littéraires de l'entre-deux-guerres. On y croise entre autres Gide, Valéry, Gide, Cocteau, Proust, Giraudoux, Morand, Claudel ou Gertrude Stein... En feuilletant le livre, avant de se plonger dedans, on est tombé en arrêt sur une photo, celle du jury du Prix du Nouveau Monde en 1922. On y reconnaît, de gauche à droite, Jean Giraudoux, Jean Cocteau, Jacques de Lacretelle, Paul Morand, Bernard Faÿ et Valery Larbaud.
Rien que ça !
On est allé fissa se renseigner sur ce prix, qui ne nous évoquait rien. Il fut semble-t-il plus ou moins créé pour honorer Le Diable au corps qui, de fait, l'obtint en 1923. Manque sur notre photo Max Jacob, qui appartenait également au jury. Si le résultat du premier vote ne fut pas une surprise, il donna lieu à une âpre bataille entre deux camps : tout acquis à Radiguet, il y avait Jean Cocteau (évidemment...), Max Jacob, Bernard Faÿ et Jacques de Lacretelle ; et en face, Jean Giraudoux, Valery Larbaud et Paul Morand. Ces derniers portèrent leurs suffrages vers un des autres romans en lice, Le Bon apôtre, de Philippe Soupault.
Le prix n'eut qu'une autre édition, l'année suivante. Trois candidats étaient alors en compétition : Tristan Tzara, René Crevel et Pierre Reverdy. C'est ce dernier qui fut récompensé, pour un recueil intitulé Les Épaves du ciel. Une polémique s'ensuivit dans la presse, avec d'un côté Jacques Guenne et Maurice Martin du Gard (affirmant que le choix du lauréat était fait avant même le vote) et Aragon, Breton et Soupault de l'autre (clamant qu'ils considéraient Reverdy comme le plus grand poète de ce temps). Résultat des courses : Reverdy refusa le prix, et celui-ci disparut du même coup.


Un dandy se doit d'être dans la vitrine (2)


Un grand merci à la librairie Compagnie, à Paris, qui a mis à l'honneur nos Dandys pour l'une de ses vitrines de fin d'année. À l'approche de Noël, nous rappelons d'ailleurs à nos visiteurs qu'il reste quelques exemplaires numérotés du livre sur papier Vergé, avec grandes marges, qui feront un cadeau de goût fort apprécié... 15 €, et le port est offert.



Nos remerciements amicaux vont aussi à François E., l'auteur (talentueux) de ces photos prises et transmises par téléphone. On remarquera que nos Dandys sont placés entre les livres d'Octave Uzanne et de Gaston Pawlowski, dont il a été question ici même voici quelque temps : on ne saurait être mieux entouré.

Claude Closky vs Michael Jackson


Aaah Aaoo Ah Aooh Da Daa Ha Haaa Hahh Hhhh Ho Hoh Hoo Hooo Hoou Huu Ooo oo Uu Yeaa Yeayea

Michel Houellebecq - Playa Bianca




Commentaire : ce morceau est extrait de l'album Présence Humaine, produit par Bertrand Burgalat. On se saurait trop recommander ce disque extraordinaire, qu'on réécoute régulièrement et qu'on a placé au côté du Obsolete de Dashiell Hedayat. C'est dire. Signalons que Houellebecq est également au centre de deux autres albums moins connus, réalisés avec le touche-à-tout Jean-Jacques Birgé : Le Sens du combat (1996) et Établissement d'un ciel d'alternance (2007).

Guy Pène du Bois


Guy Pène du Bois en 1949 (Photographie de Herbert Gehr)

Cherchez le fils, vous trouvez le père. On furetait sur la Toile en quête de renseignements sur William Pène du Bois (on y reviendra), quand on s'est avisé qu'il avait un père, Guy Pène du Bois, et que ledit père avait été un peintre de talent, ou du moins selon notre goût, dont on ignorait tout jusque-là.
Les Pène du Bois sont issus d'immigrés français venus s'établir en Louisiane en 1738. Guy , lui, est né à Brooklyn en 1884. C'est d'un de ses maîtres, Robert Henri, qu'il tire la philosophie réaliste qui imprègne sa peinture. Il se rend pour la première fois en France en 1905, où il peint une population aisée dans les cafés et lieux à la mode. Les tonalités sombres et l'impasto le rapprochent des artistes de la Ashcan school. Plus tard, de 1924 à 1929, Pène du Bois ira vivre en France avec femme et enfant. Après ce séjour, sa peinture se fait plus intense, plus psychologique, son regard moins satirique. Il meurt en 1958.
Sélection.

The Lawyers (1919)


An American Oriental (1921)


Shops (1922)


Hallway, Italian Restaurant (1922)


Mr. and Mrs. Chester Dale Dine Out (1924)


Café du Dôme (1925/26)


Girl Trying her Shoe (1926)


Women in Paris (1926)


Subway Steps (1926)


Studio Window (1928)


La Rue de la Santé (1928)


Evening (1929)


Night Club (1933)


Bull Market Promenade (1928)


The Lady Witness (1938)


Boy with a Propeller Beanie (1948)

Frédéric Berthet (2)


photographie trouvée ici

On confesse consulter chaque matin un outil appelé Analytics, qui permet d'avoir des informations sur le trafic de ce blog. On s'émerveille ainsi de découvrir que ce sont en moyenne une quarantaine de visiteurs qui échouent ici ou y viennent de leur plein gré. On s'amuse des mots clés (parfois très très improbables) qui sont utilisés sur tel ou tel moteur de recherche pour atterrir chez l'éditeur singulier. En ce moment, dans les dix premiers, il y a Jacno, Eugène Montfort, Gilbert de Voisins, Jean de la Ville de Mirmont, la librairie Galignani, Pierre de Régnier, Bernard Boutet de Monvel, la Hune ou Astier de Villatte. Et puis, il y a Frédéric Berthet, qui reste sans doute dans les cinq noms les plus recherchés depuis la création de ce blog.
Rien ne nous ferait plus plaisir, étant donné notre adoration pour cet auteur.
Sa bibliographie, trop courte, se résume en six livres. Les nouvelles publiées en revue (L'Infini, Rive Droite, Le Serpent à Plumes...) ont à notre connaissance toutes été reprises en volume. Mais en cherchant un peu, l'autre jour, on s'est amusé à découvrir des raretés à côté desquelles on était passé : comme ce Rivegauching, paru dans le n°7 de la mythique revue Façade, en mai 1979, et qui nous fait bien fantasmer. Comme cet article dans le premier numéro des Cahiers Critiques de la Littérature, consacré aux écrivains et à leurs peintres, où en 1976, Berthet signe un article intitulé La Question Titorelli - il y est bien évidemment question de Kafka. Ou encore : en 1987, Berthet signe le texte du catalogue de l'exposition du peintre Michaële-Andréa Schatt, à la galerie Georges Bonger. Ou encore, en 1979, dans la revue Communications, le n°30, on découvre une présentation du numéro co-signée par Berthet et Roland Barthes (qui en aurait volontiers fait son collaborateur), un article de Berthet intitulé Éléments de conversation et un autre co-signé avec Philippe Sollers et intitulé Conversation à Notre-Dame. On peut lire tout cela ici. On trouve aussi Berthet au sommaire des actes du Colloque Cerisy consacré à Francis Ponge, en 1976 (l'histoire est narrée ici, dans un extraordinaire article de Philippe Lançon sur FB, paru en décembre 2008 dans Libération). N'oublions pas que Berthet figure aussi au sommaire du Cahier de l'Herne Michel Déon, et qu'il traduisit L'Art de la nouvelle de Somerset Maugham, pour les Éditions du Rocher. Ah ! il y a aussi, en 1978, cette Conversation sur Kafka (en réponse à des questions de Marc de Launay", dans Allemagnes d'aujourd'hui, n° 64-65. Et encore une participation au dossier "Qu'est-ce qu'un style" dans les Nouvelles Littéraires 2693, en juin 1979. La même année, et toujours sur Kafka, un Kafka, l'expérience du Fragment, publié dans les Cahiers de l'ENS-Fontenay (13-14)...
Et peut-être n'avons-nous pas encore tout découvert. En tout cas, on s'est particulièrement amusé de trouver sur ce site, qui reproduit le n°31 de Communications, un article évoquant les activités du Centre d'études transdisciplinaires pour les années 1978-1979. Parmi les chercheurs, il y a Barthes, Genette, Compagnon, Kristeva, Todorov (pour les plus connus), et un certain Frédéric Berthet (élève ENS-Ulm - c'est d'ailleurs le seul élève). Il y est question d'un atelier sur la "socio-sémiotique du discours", et on y présente les recherches de Frédéric Berthet. On ne peut retenir un sourire en imaginant l'auteur de Daimler s'en va ou de Paris-Berry empêtré dans un jargon gentiment rébarbatif...



Smoking People - Danielle Darrieux


Photographie de Raymond Voinquel (1939)

Goldmund - An Invisible light


An Invisible Light from MUZIEKTELEVISIE.NL on Vimeo.


Jorge Luis Borges



Coup sur coup, ou presque, deux signes qui nous appellent à relire un peu de cet auteur à qui on doit des moments d'ivresse littéraire rares. D'abord, il y a ce billet de chez Locus Solus, qui s'il ne "prétend à aucune originalité" a bien d'autres mérites ; et puis, il y a cette citation qui sert de fil rouge aux éditions de la Bibliothèque, trouvée sur le rabat du Figures de Paris, que l'on vient de terminer :

"Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti."

Tout Borges magnifiquement résumé en deux phrases bouleversantes.



Photos de Diane Arbus (1968) et d'Alicia D'Amico (1963)

Louis Codet




On est en train de lire Les Figures de Paris collectées par Octave Uzanne à la fin du XIXe siècle (et publiées aux excellentes éditions La Bibliothèque), et dans la liste des contributeurs, on s'est arrêté sur le nom de Louis Codet. Familier puisqu'on possède de lui un Images de Majorque publié en 1925 dans la collection À l'Enseigne de la Porte Étroite ; et inconnu, puisqu'on s'est avisé qu'on ignorait tout de l'auteur. Et rien qu'en parcourant la notice Wikipédia, ici, on a compris que Louis Codet est une de ces figures mineures de la littérature pour lesquelles on avoue un penchant un rien fétichiste. Un auteur "dandy parisien", "amis des premiers surréalistes", pour qui Gaston Gallimard avait de l'admiration a forcément de quoi nous intéresser. Et quand on découvre qu'une de ses nouvelles, César Capéran, publiée par le même Gaston Gallimard après la mort de Codet (durant la Grande Guerre - un de plus...), nous offre "l’histoire pleine d’humour d’un Gascon monté à Paris des projets littéraires plein la tête mais préférant vivre en dilettante et finissant sa carrière comme conservateur d’un petit musée vers Auch", on est plus qu'excité. Ladite nouvelle a été rééditée par Le Serpent à Plumes, et on va s'empresser de l'acquérir.


One from the Heart - Tom Waits et Crystal Gayle




Commentaire : sauf erreur, c'est la dernière chanson du One from the Heart (Coup de coeur en France) de Francis Ford Coppola, terrible échec commercial qui coûta très cher au réalisateur. Pour notre part, nous avons toujours eu un gros faible pour ce film sentimental très novateur de 1982, avec Frederic Forrest et Teri Garr, ne fût-ce que pour la merveilleuse B.O. de Tom Waits.

Reading People - Jean-Jacques Henner


Jean-Jacques Henner - La femme qui lit, dite la Liseuse (1880-1890)

On profite de l'occasion pour signaler que le musée Jean-Jacques Henner, fermé depuis plusieurs années pour des travaux de rénovation, a enfin rouvert au début du mois de novembre - on ne s'y est pas encore rendu, contrairement à Isabelle Adjani... Ce bel hôtel particulier fut auparavant la demeure et l'atelier de Guillaume Dubufe. Il y a quelques années, on aimait bien aller au musée Henner pour son côté vieillot, poussiéreux, décati, et pour le calme qu'on y trouvait. L'endroit, avec son exotisme (notamment le moucharabieh du premier étage), nous faisait penser à la Leighton House de Holland Park, le jardin en moins. Quant à la peinture de Henner, galvaudée par la moquerie, l'imitation et la copie, elle mérite vraiment qu'on s'y intéresse (on se rappelle notamment notre saisissement devant son Christ mort.)

En cherchant La Liseuse, on a découvert ce site consacré au peintre, vivant et très complet. On est aussi tombé en arrêt devant cette Liseuse de romans (1853), qui nous a... comment dire? scotché et qu'on ne résiste pas à la tentation de publier sur-le-champ. Le tableau est l'oeuvre d'Antoine Wiertz, peintre belge dont la maison atelier se visite à Bruxelles.


Jean-François Vilar



C'est ainsi : soudain, sans que vous sachiez trop pourquoi, quelques signes, ici et là, vous donnent soudain l'envie de revenir à un auteur que vous avez beaucoup lu à une certaine époque. Il faut dire que dans le cas de Jean-François Vilar (il s'agit donc de lui), s'ajoute comme un mystère, puisqu'on reste sans nouvelles (écrites, littéraires) de cet écrivain depuis des années - depuis 1997, précisément. Qu'est-il devenu ? On n'en sait rien. On s'est donc mis en tête de retrouver tous ses écrits, de les relire, et d'évoquer de temps à autre l'ensemble qu'ils forment.
Pour commencer, et pour parler un peu de soi, on signalera le texte que Vilar écrivit (avec une extrême gentillesse et en échange d'un magnum de Jack Daniel's) à l'occasion de la première livraison d'une revue éphémère des années 80, Après la plage, que nous animions avec deux camarades - dont un certain Appas. C'est une longue nouvelle au titre huysmansien - En rade - où l'on retrouve le photographe Victor Blainville, héros fétiche de Vilar. En voici le premier paragraphe :

Ce samedi-là, Mitterrand bouclait son voyage en Caldochie, la lutte contre le SIDA progressait à grands pas mais Tchernenko allait-il passer l'hiver ? Le groupe terroriste Action Directe renaissait de ses cendres, la preuve, l'une de ses dirigeantes était en fuite après un braquage merdique, toutes les polices aux trousses. Au championnat du monde d'échecs, Karpov et Kasparov en étaient à leur 43ème partie et pour la 37ème fois ils se partageaient le point. A la page des petites annonces, une jeune femme, la trentaine, écrivain, belle et sensible, cherchait un homme de préférence charmant. Lettre, photo et téléphone souhaités. Lui écrire au journal. C'était un samedi comme pas mal d'autres et je ne savais pas pourquoi j'étais revenu dans ce bistrot. Je commandais un blanc sec.

Pour ceux que cela intéresserait, il reste quelques exemplaires de la revue, sauvés du temps et de l'humidité. On en reparlera prochainement.

Emplettes - 1 € et 2 €











Commentaire : une agréable moisson, ce week-end. On s'est offert pour le prix d'une place de cinéma une collection de sept numéros de la revue L'Infini. On voit au numéro 7 l'arrivée de Frédéric Berthet, en total décalage avec les emmerdeurs post Tel Quel qui monopolisaient la revue jusque-là. Sinon, dans l'un des Jack-Alain Léger, Eh bien ! la guerre, on a trouvé une double dédicace (sur la page de faux titre et sur une petite feuille de papier tenue par un trombone) très émouvante, que par discrétion on ne reproduira pas. Le prénommé Yves (et que Léger considère visiblement comme un ami) qui s'est débarrassé du livre pour quelques centimes d'euros aurait pu avoir la pudeur de retirer ces lignes assez poignantes - que nous conserverons pour notre part. On terminé hier au soir la lecture de l'autre ouvrage de Léger, publié en 2003 : le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y va cash, pour parler comme sur un Skyblog (et ailleurs, du reste)...

The Pains Of Being Pure At Heart - Higher Than The Stars


On est allé les voir hier au soir, au Point Éphémère : charming !



Et en prime l'élégant remix du même morceau par les Anglais de Saint Etienne...



Guide du Fooding 2010



Parce qu'on en fut.
Et parce que ça réserve quand même plus de surprises que la concurrence...

Librairie Michèle Ignazi, à Paris


Un grand merci à Michèle Ignazi, qui propose désormais nos Dandys à la clientèle de sa librairie.

17, rue de Jouy, 75004 Paris
Tél. 01 42 71 17 00
Métro Saint-Paul


Pierre de Régnier - Deauville (1)



On poursuit notre découverte de l'oeuvre de Pierre de Régnier, avec ce Deauville publié en 1927 aux éditions Émile-Paul, dans le cadre de la collection "Portrait de la France", dirigée par Jean-Louis Vaudoyer. Avant d'en venir au livre lui-même, on s'arrêtera sur cette collection qu'on qualifierait volontiers d'épatante si l'on n'avait pas déjà largement dépassé le quota d'utilisation de l'adjectif. Voici ce qui se publia sur cinq ans (bibliographie empruntée sur site de la Bibliothèque de Lisieux, source inépuisable de trouvailles en tout genre) :

1. Paray-le-Monial, par Henri de Régnier
2. Bordeaux, par François Mauriac
3. Haute-Provence : essai de géographie sentimentale, par Alexandre Arnoux
4. La Touraine, par René Boylesve
5. Lille, par René Jouglet
6. Marseille, par Edmond Jaloux
7. Nancy, par Raymond Schwab
8. Brest, par Pierre Mac Orlan
9. Basses Pyrenées : histoire naturelle et poétique, par Francis Jammes
10. Perpignan, par Joseph Delteil
11. Dieppe, par Jacques-Emile Blanche
13. Toulouse, par Tristan Derême
14. Bécon-les-Bruyères, par Emmanuel Bove
15. Bayonne, par Jean Cassou
16. Le Vercors, par Albert Marchon
17. Rouen, par André Maurois
18. Les Saintes-Maries-de-la-Mer, par Jean-Louis Vaudoyer
19. Deauville, par Pierre de Régnier
20. Cluny, par Albert Thibaudet
21. Vallée du Doubs, par André Beucler
22. Pays de Retz, par Marc Elder
23. Grasse, par Francis de Miomandre
24. Montsouris, par Louise Hervieu
25. Le Rhône en hydroglisseur, par Paul Morand
26. Strasbourg, par André Hallays
27. Pays parisiens, par Daniel Halévy
28. Chambéry, par Marie-Louise Pailleron
29. Le Havre, par François Berge
30. Toulon, par Léon Vérane
31. L'Aigoual, par André Chamson
32. Annecy, par Albert Besnard
33. Manosque-des-Plateaux, par Jean Giono
34. Le Chablais ou le pays de mon enfance, par Henry Bordeaux

On le voit, le casting est assez réjouissant, qui mêle des vedettes à de parfaits inconnus. À côté du Bécon-les-Bruyères d'Emmanuel Bove, le titre qui nous laisse le plus rêveur est sans doute Le Rhône en hydroglisseur de Paul Morand, une rareté accompagnée d'un frontispice de Pierre Falké qui se monnaye plutôt chèrement...


Les Herbes Folles - Alain Resnais



inutile

Reading People - Edith Sitwell


Photographie de Horst Paul Albert Bohrmann, dit Horst (1948)


Photographe anonyme (1927)

L'assassin habite au Vésinet



On avait acheté cette revue de 1943 pour le titre situé en haut - L'Assassin habite au Vésinet. Cruelle déception, puisqu'à l'intérieur, on s'est aperçu que ce titre ne correspondait à rien - effet de censure? On s'est consolé en parcourant le magazine, qui donne un éclairage très intéressant sur le cinéma de l'époque - moins collaborationniste qu'on aimerait parfois nous le faire croire (lire cet intéressant article de Bertrand Tavernier). On a tout de même ricané en lisant cette remarque de l'inénarrable Émile Couzinet, notre roi indiscuté du nanar, concernant son Andorra, avec Jany Holt : "Le Secrétariat d'Etat à l'Information nous a télégraphié pour nous féliciter de la part de Mme la Maréchale Pétain qui vient de voir le film et s'en est déclarée satisfaite." Et on est resté rêveur devant ces quelques encarts publicitaires, qui nous ont irrésistiblement fait songer à l'univers de Patrick Modiano....


Marine Girls - A Place In The Sun




On signalera que Marine Girls fut le premier groupe de Tracey Thorn, d'Everything But The Girl. La formation fut créée en 1980 et sortit deux albums Beach Party (1982) et Lazy Ways (1983), auxquels s'ajoutent un certain nombre de singles. Beach Party fait partie de l'étonnante liste des cinquante albums préférés de Kurt Cobain. A Place In the Sun est extrait de Lazy Ways et bénéficie d'un clip étonnamment moderne.

Ateliers de peintres


Émile Auguste Carolus-Duran
(vers 1890 - Photographie d'Émile Benard)


Georges Jules Victor Clairin
(vers 1887 - Photographie d'Émile Bénard)


Jean-Léon Gérôme
(vers 1885 - Photographie d'Auguste Giraudon)


Henri Gervex
(vers 1885 - Photographie d'Émile Bénard)


Gustave Clarence Rodolphe Boulanger
(vers 1888 - Photographie attribuée à Auguste Giraudon)


Jean-Jacques Henner
(vers 1884 - Photographie d'Auguste Giraudon)


Jules-Joseph Lefebvre
(vers 1888 - Photographie d'Émile Bénard)


Lord Frederick Leighton
(1884 - Photographie de Joe Parkin Mayall)


Aimé Nicolas Morot
(vers 1886 - Photographie d'Auguste Giraudon)


Pierre C. Puvis de Chavannes
(vers 1885 - Photographie attribuée à Émile Bernard)


Georges Antoine Rochegrosse
(vers 1885 - Photographie d'Auguste Giraudon)


John Singer Sargent
(vers 1883 - Photographie d'Auguste Giraudon)

Gaston de Pawlowski - Inventions nouvelles & dernières nouveautés




Il est là, le petit cadeau idéal à offrir à une personne ayant un tant soit peu le sens de l'humour - pas toujours évident, mais ça se trouve. 12 € pour un joli livre excellemment édité (merci Finitude et Éric Walbecq) où sont proposées, dans une réjouissante parodie du style journalistique, des innovations et inventions des plus fantaisistes : le boomerang qui ne revient pas afin d'éviter les accidents, le savon antidérapant garni de clous qui ne glisse plus entre les doigts ou le mètre de poche ne mesurant que dix centimètres. L'esprit d'Alphonse Allais n'est pas loin. Raymond Queneau et Marcel Duchamp furent des lecteurs enthousiastes de ce recueil publié en 1916, qui reste incroyablement moderne.
Deux exemples parmi d'autres :

• Locataires, faites attention ! Certains propriétaires peu scrupuleux se sont avisés d'utiliser, en place du chauffage trop coûteux, des miasmes paludéens qui, répandus dans chaque appartement par le calorifère, donnent aux habitants une fièvre légère et par conséquent l'illusion de la chaleur. C'est un procédé frauduleux qui tombe, rappelons-le, sous le coup des lois.

• Le réticule adultérin est un petit nécessaire ingénieux et discret construit et livré à des prix très abordables par la grande maison d'accessoires Old Scratch, de Londres. Il peut rendre de très grands services aux personnes surprises en flagrant
délit d'adultère. Il peut même — l'expérience l'a prouvé — leur sauver la vie. Ce nécessaire, en bois d'Orient, bariolé de riches et voyantes couleurs, contient :
Deux mètres de soie jaune ;
Une petite flûte exotique ;
Un paquet de safran ;
Une brochure explicative se terminant par un vocabulaire indiquant la prononciation éventuelle de quelques mots hindous.
Au moment où le commissaire de police frappe à la porte de la chambre incriminée, la dame, suivant la coutume, se blottit silencieusement sous la couverture du lit et la crainte l'agite de légers mouvements convulsifs.
Son complice, de son côté, sans perdre de temps, enroule autour de sa tête l'étoffe jaune, la dispose en forme de turban, se frotte rapidement le corps avec le safran, s'assied par terre, les jambes croisées, et se met à jouer de la flûte. Après les sommations d'usage, lorsque le commissaire de police pénètre dans la chambre, le pseudo-Hindou fait entendre de plaintives protestations :
— Bon chef blanc, toi pas prendre jolis serpents venimeux à moi sous couvertures, seule richesse pour faire des tours dans cirque.
Les mouvements de la couverture s' accentuant toujours à l'entrée du commissaire, celui-ci, terrorisé, se retire sans plus insister, referme lui-même la porte et affirme au monsieur trompé qu'il a été victime d'une erreur. C'est simple et peu coûteux, l'appareil emballé et franco de port ne dépassant point le prix de 30 francs, modèle courant, et 35 francs, modèle enrichi de pierres fausses.

Reading People - Brigitte Bardot



Brigitte Bardot (et Michel Piccoli) dans Le Mépris, de Jean-Luc Godard (1963)
Le livre n'est autre que le Fritz Lang de Luc Moullet,
paru la même année dans la collection "Cinéma d'aujourd'hui"

L'inflexion personnelle - Eugène Marsan



On a acquis pour le prix d'une place de cinéma un petit livre de l'auteur de nos Dandys, paru en 1926 à La Lampe d'Aladdin, une jolie collection éditée à Liège. Pour ne rien gâter, notre exemplaire est un des 35 exemplaires sur vergé baroque crème réservés à un libraire bruxellois. Dans cet ouvrage, Marsan revient sur un sujet qu'il a abordé à plusieurs reprises, la mode masculine. On y parle des complets, des chaussures, de la cravate, des gants, etc. dans le style précis, élégant, mais aussi ironique qu'on apprécie chez l'auteur. On reproduit ici l'épilogue, qui offre à notre sens une belle vision du dandysme moderne.


L'INFLEXION PERSONNELLE

Au XXe siècle, grand fait nouveau, l'élégance est transformée en dandysme.
Les nouvelles formes du costume sont choisies beaucoup moins en vue d'embellir que dans l'intention d'étonner.
Pour la première fois - du moins en France, et du moins depuis la fin du XVIe siècle - une forme bizarre et même extravagante sera adoptée, à cause précisément de son extravagance. Insolente réplique, véritable et beau défi de l'esprit artiste à l'esprit bourgeois, et de l'esprit aristocratique persécuté à l'esprit de nivellement.
Le premier phénomène de caractère dandy est présenté en France par les Incroyables, qui donnent à leur cravate l'apparence d'un goître, à leur collet, l'enflure d'une bosse.
Le second phénomène dandy a pour auteur Napoléon. Cet empereur a inventé un costume - la redingote grise, le chapeau lunaire - qui n'a jamais été porté par personne.
Passent les années. Tout le monde s'évertue à qui paraîtra le plus singulier, dans le criant gilet, la tumultueuse cravate, ou le déconcertant chapeau. Mais il n'y a pas de trouvaille baroque qui ne soit à l'instant accueillie et reproduite. L'invention d'un fou, qui fut lapidée dans les rues de Londres, à savoir le tuyau de poële ou chapeau haut de forme, a régné tout un siècle sur l'Europe.
Celui qui, le premier, imagina de se tirer d'affaire par la simplicité, ce fut - après Brummell - le merveilleux Baudelaire. Puisqu'il était impossible de retrouver le faste de l'ancien costume, il se mit à raffiner sur l'habit noir. Lui aussi, dans sa jeunesse, il inventa un costume : il avait un étroit pantalon noir qui découvrait, sur le soulier éclatant, la blancheur du bas. Là-dessus, par une idée de son génie, une blouse de paysan. Oubliez que c'est une blouse : il n'y a pas de forme
plus élégante. Et la tête nue, ce précurseur ! D'ailleurs propre de la tête aux pieds, fourbi comme une baïonnette.
Plus tard, seconde invention. Baudelaire invente son froc, le célèbre froc, sorte de raglan ou de sac qu'il porta fidèlement, comme un uniforme.
Mais toi-même, est-ce que tu veux inventer ?
Tu penses d'abord que non, que tu n'as aucune obligation de cette espèce, que tu portes tout simplement le costume de ton époque. Même les peintres, ils ont tous renoncé à s'affubler. Tu les approuves. Rien n'était plus absurde au monde qu'un rapin. Toute son originalité consistait à garder les cheveux et le pantalon de 1850. Avec son linge dérobé, sa barbiche ou sa barbe, il était naïvement archaïque. Et il drapait ! Aujourd'hui, tout le monde se tient aux grands préceptes : que chacun doit paraître ressembler à tous (Balzac dixit), et que les convenances extérieures doivent être respectées (Baudelaire). L'accent et l'air de la personne se trahissent désormais par des riens : l'inflexion d'une cravate, le pli d'une mèche, l'imperceptible variation d'une coupe.
Voilà, nous y sommes. Ces riens sont d'un grand prix. Balzac complétait ainsi le précepte que je rappelais à l'instant : avoir l'air de ressembler à tout le monde ; ne ressembler en réalité à personne. Et ce détail, cette goutte d'eau, cette ombre par où l'homme fin se distingue de la tourbe, nos contemporains le cherchent à qui mieux mieux. Le chandail de Picasso et de Mac Orlan ; les admirables revers de Jean-Louis Vaudoyer ; les complets toujours clairs de Guy de Pourtalès ; le bleu constant de Jacques Boulenger ; le miraculeux faux-col de Jacques Blanche, aux deux pointes roulées, et son veston exemplaire, dont il garde exprès la manche assez large, et sa cravate de lord, à pois blancs. Hier, la mèche de Barrès...
Ou regarde Foujita, le plus hardi de tous.
Il ne s'est pas déguisé en Européen. Il n'a point voulu du linge dur. Il n'a pas essayé d'ouvrir une raie bien sotte dans la calotte de sa chevelure, ni de la rebrousser. Non ! Il a laissé ses cheveux sur le front, comme le roi de Rome dans le portrait de Lawrence, mais ce sont cheveux d'Asie, noirs comme l'encre, égaux comme les dents d'un peigne. Il ne voulait pas garder sous notre ciel la robe gênante de son pays. Encore moins prendre un veston trop sec. Emule de Baudelaire et de Napoléon, le seul moderne avec eux qui ait su trouver un costume nouveau, entièrement personnel et entièrement heureux, ce grand artiste a imaginé une sorte de blouse souple et croisée, peu flottante, dont la couleur est d'un beau bleu de papier buvard. Elle est serrée à la taille sur une chemise à grands carreaux vifs. Et le pantalon est relevé sur un soulier à semelle fort... La seule invention d'un tel costume méritait déjà la gloire.





The Pale Fountains - Just a Girl



C'est en 1982 qu'on avait acheté ce maxi sorti aux Disques du Crépuscule. Trois courtes chansons, avec une préférence pour celle de la face B, Just a Girl.


Antoine Doinel - Les Salades de l'Amour (2)



On évoquait ici même ce livre qui en fascine plus d'un. On ne résiste pas au plaisir de publier le commentaire que nous a envoyé Éva Truffaut, la fille de François Truffaut, au sujet de ces Salades de l'amour :

Je possède évidemment l'original du livre qui joue un rôle dans L'Amour en fuite et, classé, comme il se doit dans ma bibliothèque entre Heimito von Doderer et Jean-Paul Dollé, pour les plus curieux d'entre vous. Sous la couverture se cache en fait un livre qui était destiné au pilonnage et qui était signé André Miquel et dont le titre est Vive la Suranie! (publié en 78 chez Flammarion). Le livre fait 126 pages, son numéro d'ISBN est 2-08-064084-4, il est dédié : Aux amis, vivants, morts ou à venir, de Suranie et d'ailleurs.
j'espère vous avoir été utile
éva truffaut

On signalera au passage les trois beaux site d'images d'Éva Truffaut :

Et pour ceux qui chercheraient un équivalent aux Salades de l'amour, signalons le livre paru en 1970 aux éditions du Mercure de France, Les Aventures d'Antoine Doinel. Ce sont les scénarios (mais aussi les notes de travail) des Quatre cents coups, de Baisers volés et de Domicile conjugal, sans oublier le délicieux court métrage L'Amour à vingt ans, qui fait lui aussi partie du cycle Doinel. On est justement en train de le lire, et c'est un régal.


Pomme



Didier Lestrade (2)


On résiste pas à la tentation : voici une des chroniques qui figuraient dans la toute première sélection "Disco" de Didier Lestrade, parue dans le Libération du jeudi 10 novembre 1988. Un document historique, en somme, qui nous met particulièrement en joie. Pour ceux qui aurait oublié le morceau de D.Mob (sorti sur ffrr records), ou ignoreraient complètement de quoi il retourne, on le joint à titre indicatif, dans le Matey Mix mis en avant par DL.
Aciiiiiid !

La semaine dernière, We Call lt Acieeed de D.Mob (FFRR) a été le premier disque 100 % Acid à atteindre la première place des charts anglais. Au même moment, il y avait SEPT disques House dans .le TOP 25 anglais. A 124 bpm, We Call It Acieeed peut être considéré comme l'emblème définif de la House anglaise. Ponctué de cris "Aciiiiiid!" qu'on ne peut s'empêcher de crier chez soi ou dans les clubs par simple réflexe de mimétisme, le Matey Mix est une excursion exubérante de neuf minutes dans le monde merveilleux de la Rue Sésame, avec des gosses coiffés de bandanas Cacharel 68 et habillés de T-shirts ACT-UP Sida. Un tel disque extrême n'aurait jamais pu atteindre le bas des charts anglais il y a un an. Aujourd'hui, il est propulsé n° 1 en moins de quatre semaines, malgré le boycott de Radio 1. Sur ce point, la House est un éyénement presque mystique pour tous ceux qui ont passé la dernière décennie à n'écouter que de la dance music. De You Make Me Feel de Sylvester à Oochy Koochy de Baby Ford (Rhythm King), certains parmi nous ne se sont jamais identifiés aux hit-parades rock. La House n'est donc pas une aubaine, ni une gaffe, mais seulement un satisfecit musical. Toute la polémique sur l'Ecstasy est à côté du sujet. En déchaînant bientôt une tempête puritaine contre cette drogue inabordable, les médias français sont sur le point de rendre complètement populaire une substance introuvable. Encore une fois, on va parler de ce qu'on ne connaît pas.



Pierre Le-Tan à la galerie Papers


On aime bien avoir des nouvelles de Pierre Le-Tan. En voici, toutes fraîches, aimablement communiquées par le créateur de la galerie Papers, qui vient d'ouvrir à Bruxelles au 19, rue de Flandre. Il s'agit d'un lieu original, entièrement dédié au papier (dans ses formes les plus simples ou les plus sophistiquées), et où l'on trouvera, pour faire vite, des livres, des oeuvres sur papier et toutes sortes de choses rares et précieuses liées à la bibliophilie et au papier. Le mieux est déjà d'aller voir sur le site, ici. Parmi les oeuvres figurent aussi bien des portraits calligraphiques du XVIIIe siècle, que des croquis d'Edward Gorey, des gouaches de Georges Lepape ou une étude d'Agostino Carracci. On l'aura compris : on est chez des gens de goût. Et comme si cela ne suffisait pas, la première exposition de la Galerie propose une série de dessins d'un de ses parrains et complices : Pierre-Le-Tan. Si l'on a bien saisi, il s'agit de grands dessins découpés, probablement dans la manière de ceux qu'on présentait ici même il y a quelques mois. On trouve aussi une sélection de jolis dessins aquarellés, étonnamment mis en valeur par un encadrement de choix. Le mieux est encore d'aller vérifier par soi-même.
(merci à Jean-Philippe Arnould)


Patrice Orcel - Un Dilettante à la campagne


Rien qu'au titre, déjà, on savait que ce roman (dont notre ami Alf nous a susurré le secret à l'oreille) était pour nous. On vient d'en terminer la lecture, et on se demande pourquoi ce livre paru en 1991 chez Gallimard n'est pas l'objet d'un culte entretenu par quelques lecteurs fervents et vaguement illuminés. Cela viendra, c'est sûr. Pour notre part, nous avons vu dans cette petite merveille la rencontre improbable entre René Belletto et Frédéric Berthet, dont il était au demeurant un ami, avons-nous cru comprendre. On n'en dira pas plus. Aux plus curieux d'aller voir par eux-mêmes.



On a lu les trois premiers paragraphes du Goncourt 2009...


Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison en béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable.
Il gardait les mains croisées sur son ventre et la tête inclinée sur le côté, et cette tête était grise et ce ventre saillant et mou sous la chemise blanche, au-dessus de la ceinture du pantalon crème.
Il était né, nimbé de brillance froide, tombé sans doute sur le seuil de sa maison arrogante depuis la branche de quelque flamboyant dont le jardin était planté car, se dit Norah, elle s'était approchée de la maison en fixant du regard la porte d'entrée à travers la grille et ne l'avait pas vue s'ouvrir pour livrer passage à son père - et voilà que, pourtant, il lui était apparu dans le jour finissant, cet homme irradiant et déchu dont un monstrueux coup de masse sur le crâne semblait avoir ravalé les proportions harmonieuses que Norah se rappelait à celles d'un gros homme sans cou, aux jambes lourdes et brèves.



Frankie Knuckles / Eric Kupper - The Whistle Song




remarque : un "classique" de 1991, honteusement pillé et copié depuis, qu'on a entendu ces jours-ci dans le H&M de Nancy - pour notre plus grande surprise et notre plus grande joie. C'est Eric Kupper qui en est l'auteur, Frankie Knuckles en étant le producteur, avec John Poppo et Eric Kupper. À la flute, Paul Shapiro. La version présentée ici est le Paul Shapiro Supreme 7 inch mix.