Reading People - Brigitte Bardot



Brigitte Bardot (et Michel Piccoli) dans Le Mépris, de Jean-Luc Godard (1963)
Le livre n'est autre que le Fritz Lang de Luc Moullet,
paru la même année dans la collection "Cinéma d'aujourd'hui"

L'inflexion personnelle - Eugène Marsan



On a acquis pour le prix d'une place de cinéma un petit livre de l'auteur de nos Dandys, paru en 1926 à La Lampe d'Aladdin, une jolie collection éditée à Liège. Pour ne rien gâter, notre exemplaire est un des 35 exemplaires sur vergé baroque crème réservés à un libraire bruxellois. Dans cet ouvrage, Marsan revient sur un sujet qu'il a abordé à plusieurs reprises, la mode masculine. On y parle des complets, des chaussures, de la cravate, des gants, etc. dans le style précis, élégant, mais aussi ironique qu'on apprécie chez l'auteur. On reproduit ici l'épilogue, qui offre à notre sens une belle vision du dandysme moderne.


L'INFLEXION PERSONNELLE

Au XXe siècle, grand fait nouveau, l'élégance est transformée en dandysme.
Les nouvelles formes du costume sont choisies beaucoup moins en vue d'embellir que dans l'intention d'étonner.
Pour la première fois - du moins en France, et du moins depuis la fin du XVIe siècle - une forme bizarre et même extravagante sera adoptée, à cause précisément de son extravagance. Insolente réplique, véritable et beau défi de l'esprit artiste à l'esprit bourgeois, et de l'esprit aristocratique persécuté à l'esprit de nivellement.
Le premier phénomène de caractère dandy est présenté en France par les Incroyables, qui donnent à leur cravate l'apparence d'un goître, à leur collet, l'enflure d'une bosse.
Le second phénomène dandy a pour auteur Napoléon. Cet empereur a inventé un costume - la redingote grise, le chapeau lunaire - qui n'a jamais été porté par personne.
Passent les années. Tout le monde s'évertue à qui paraîtra le plus singulier, dans le criant gilet, la tumultueuse cravate, ou le déconcertant chapeau. Mais il n'y a pas de trouvaille baroque qui ne soit à l'instant accueillie et reproduite. L'invention d'un fou, qui fut lapidée dans les rues de Londres, à savoir le tuyau de poële ou chapeau haut de forme, a régné tout un siècle sur l'Europe.
Celui qui, le premier, imagina de se tirer d'affaire par la simplicité, ce fut - après Brummell - le merveilleux Baudelaire. Puisqu'il était impossible de retrouver le faste de l'ancien costume, il se mit à raffiner sur l'habit noir. Lui aussi, dans sa jeunesse, il inventa un costume : il avait un étroit pantalon noir qui découvrait, sur le soulier éclatant, la blancheur du bas. Là-dessus, par une idée de son génie, une blouse de paysan. Oubliez que c'est une blouse : il n'y a pas de forme
plus élégante. Et la tête nue, ce précurseur ! D'ailleurs propre de la tête aux pieds, fourbi comme une baïonnette.
Plus tard, seconde invention. Baudelaire invente son froc, le célèbre froc, sorte de raglan ou de sac qu'il porta fidèlement, comme un uniforme.
Mais toi-même, est-ce que tu veux inventer ?
Tu penses d'abord que non, que tu n'as aucune obligation de cette espèce, que tu portes tout simplement le costume de ton époque. Même les peintres, ils ont tous renoncé à s'affubler. Tu les approuves. Rien n'était plus absurde au monde qu'un rapin. Toute son originalité consistait à garder les cheveux et le pantalon de 1850. Avec son linge dérobé, sa barbiche ou sa barbe, il était naïvement archaïque. Et il drapait ! Aujourd'hui, tout le monde se tient aux grands préceptes : que chacun doit paraître ressembler à tous (Balzac dixit), et que les convenances extérieures doivent être respectées (Baudelaire). L'accent et l'air de la personne se trahissent désormais par des riens : l'inflexion d'une cravate, le pli d'une mèche, l'imperceptible variation d'une coupe.
Voilà, nous y sommes. Ces riens sont d'un grand prix. Balzac complétait ainsi le précepte que je rappelais à l'instant : avoir l'air de ressembler à tout le monde ; ne ressembler en réalité à personne. Et ce détail, cette goutte d'eau, cette ombre par où l'homme fin se distingue de la tourbe, nos contemporains le cherchent à qui mieux mieux. Le chandail de Picasso et de Mac Orlan ; les admirables revers de Jean-Louis Vaudoyer ; les complets toujours clairs de Guy de Pourtalès ; le bleu constant de Jacques Boulenger ; le miraculeux faux-col de Jacques Blanche, aux deux pointes roulées, et son veston exemplaire, dont il garde exprès la manche assez large, et sa cravate de lord, à pois blancs. Hier, la mèche de Barrès...
Ou regarde Foujita, le plus hardi de tous.
Il ne s'est pas déguisé en Européen. Il n'a point voulu du linge dur. Il n'a pas essayé d'ouvrir une raie bien sotte dans la calotte de sa chevelure, ni de la rebrousser. Non ! Il a laissé ses cheveux sur le front, comme le roi de Rome dans le portrait de Lawrence, mais ce sont cheveux d'Asie, noirs comme l'encre, égaux comme les dents d'un peigne. Il ne voulait pas garder sous notre ciel la robe gênante de son pays. Encore moins prendre un veston trop sec. Emule de Baudelaire et de Napoléon, le seul moderne avec eux qui ait su trouver un costume nouveau, entièrement personnel et entièrement heureux, ce grand artiste a imaginé une sorte de blouse souple et croisée, peu flottante, dont la couleur est d'un beau bleu de papier buvard. Elle est serrée à la taille sur une chemise à grands carreaux vifs. Et le pantalon est relevé sur un soulier à semelle fort... La seule invention d'un tel costume méritait déjà la gloire.





The Pale Fountains - Just a Girl



C'est en 1982 qu'on avait acheté ce maxi sorti aux Disques du Crépuscule. Trois courtes chansons, avec une préférence pour celle de la face B, Just a Girl.


Antoine Doinel - Les Salades de l'Amour (2)



On évoquait ici même ce livre qui en fascine plus d'un. On ne résiste pas au plaisir de publier le commentaire que nous a envoyé Éva Truffaut, la fille de François Truffaut, au sujet de ces Salades de l'amour :

Je possède évidemment l'original du livre qui joue un rôle dans L'Amour en fuite et, classé, comme il se doit dans ma bibliothèque entre Heimito von Doderer et Jean-Paul Dollé, pour les plus curieux d'entre vous. Sous la couverture se cache en fait un livre qui était destiné au pilonnage et qui était signé André Miquel et dont le titre est Vive la Suranie! (publié en 78 chez Flammarion). Le livre fait 126 pages, son numéro d'ISBN est 2-08-064084-4, il est dédié : Aux amis, vivants, morts ou à venir, de Suranie et d'ailleurs.
j'espère vous avoir été utile
éva truffaut

On signalera au passage les trois beaux site d'images d'Éva Truffaut :

Et pour ceux qui chercheraient un équivalent aux Salades de l'amour, signalons le livre paru en 1970 aux éditions du Mercure de France, Les Aventures d'Antoine Doinel. Ce sont les scénarios (mais aussi les notes de travail) des Quatre cents coups, de Baisers volés et de Domicile conjugal, sans oublier le délicieux court métrage L'Amour à vingt ans, qui fait lui aussi partie du cycle Doinel. On est justement en train de le lire, et c'est un régal.


Pomme



Didier Lestrade (2)


On résiste pas à la tentation : voici une des chroniques qui figuraient dans la toute première sélection "Disco" de Didier Lestrade, parue dans le Libération du jeudi 10 novembre 1988. Un document historique, en somme, qui nous met particulièrement en joie. Pour ceux qui aurait oublié le morceau de D.Mob (sorti sur ffrr records), ou ignoreraient complètement de quoi il retourne, on le joint à titre indicatif, dans le Matey Mix mis en avant par DL.
Aciiiiiid !

La semaine dernière, We Call lt Acieeed de D.Mob (FFRR) a été le premier disque 100 % Acid à atteindre la première place des charts anglais. Au même moment, il y avait SEPT disques House dans .le TOP 25 anglais. A 124 bpm, We Call It Acieeed peut être considéré comme l'emblème définif de la House anglaise. Ponctué de cris "Aciiiiiid!" qu'on ne peut s'empêcher de crier chez soi ou dans les clubs par simple réflexe de mimétisme, le Matey Mix est une excursion exubérante de neuf minutes dans le monde merveilleux de la Rue Sésame, avec des gosses coiffés de bandanas Cacharel 68 et habillés de T-shirts ACT-UP Sida. Un tel disque extrême n'aurait jamais pu atteindre le bas des charts anglais il y a un an. Aujourd'hui, il est propulsé n° 1 en moins de quatre semaines, malgré le boycott de Radio 1. Sur ce point, la House est un éyénement presque mystique pour tous ceux qui ont passé la dernière décennie à n'écouter que de la dance music. De You Make Me Feel de Sylvester à Oochy Koochy de Baby Ford (Rhythm King), certains parmi nous ne se sont jamais identifiés aux hit-parades rock. La House n'est donc pas une aubaine, ni une gaffe, mais seulement un satisfecit musical. Toute la polémique sur l'Ecstasy est à côté du sujet. En déchaînant bientôt une tempête puritaine contre cette drogue inabordable, les médias français sont sur le point de rendre complètement populaire une substance introuvable. Encore une fois, on va parler de ce qu'on ne connaît pas.



Pierre Le-Tan à la galerie Papers


On aime bien avoir des nouvelles de Pierre Le-Tan. En voici, toutes fraîches, aimablement communiquées par le créateur de la galerie Papers, qui vient d'ouvrir à Bruxelles au 19, rue de Flandre. Il s'agit d'un lieu original, entièrement dédié au papier (dans ses formes les plus simples ou les plus sophistiquées), et où l'on trouvera, pour faire vite, des livres, des oeuvres sur papier et toutes sortes de choses rares et précieuses liées à la bibliophilie et au papier. Le mieux est déjà d'aller voir sur le site, ici. Parmi les oeuvres figurent aussi bien des portraits calligraphiques du XVIIIe siècle, que des croquis d'Edward Gorey, des gouaches de Georges Lepape ou une étude d'Agostino Carracci. On l'aura compris : on est chez des gens de goût. Et comme si cela ne suffisait pas, la première exposition de la Galerie propose une série de dessins d'un de ses parrains et complices : Pierre-Le-Tan. Si l'on a bien saisi, il s'agit de grands dessins découpés, probablement dans la manière de ceux qu'on présentait ici même il y a quelques mois. On trouve aussi une sélection de jolis dessins aquarellés, étonnamment mis en valeur par un encadrement de choix. Le mieux est encore d'aller vérifier par soi-même.
(merci à Jean-Philippe Arnould)


Patrice Orcel - Un Dilettante à la campagne


Rien qu'au titre, déjà, on savait que ce roman (dont notre ami Alf nous a susurré le secret à l'oreille) était pour nous. On vient d'en terminer la lecture, et on se demande pourquoi ce livre paru en 1991 chez Gallimard n'est pas l'objet d'un culte entretenu par quelques lecteurs fervents et vaguement illuminés. Cela viendra, c'est sûr. Pour notre part, nous avons vu dans cette petite merveille la rencontre improbable entre René Belletto et Frédéric Berthet, dont il était au demeurant un ami, avons-nous cru comprendre. On n'en dira pas plus. Aux plus curieux d'aller voir par eux-mêmes.



On a lu les trois premiers paragraphes du Goncourt 2009...


Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison en béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable.
Il gardait les mains croisées sur son ventre et la tête inclinée sur le côté, et cette tête était grise et ce ventre saillant et mou sous la chemise blanche, au-dessus de la ceinture du pantalon crème.
Il était né, nimbé de brillance froide, tombé sans doute sur le seuil de sa maison arrogante depuis la branche de quelque flamboyant dont le jardin était planté car, se dit Norah, elle s'était approchée de la maison en fixant du regard la porte d'entrée à travers la grille et ne l'avait pas vue s'ouvrir pour livrer passage à son père - et voilà que, pourtant, il lui était apparu dans le jour finissant, cet homme irradiant et déchu dont un monstrueux coup de masse sur le crâne semblait avoir ravalé les proportions harmonieuses que Norah se rappelait à celles d'un gros homme sans cou, aux jambes lourdes et brèves.



Frankie Knuckles / Eric Kupper - The Whistle Song




remarque : un "classique" de 1991, honteusement pillé et copié depuis, qu'on a entendu ces jours-ci dans le H&M de Nancy - pour notre plus grande surprise et notre plus grande joie. C'est Eric Kupper qui en est l'auteur, Frankie Knuckles en étant le producteur, avec John Poppo et Eric Kupper. À la flute, Paul Shapiro. La version présentée ici est le Paul Shapiro Supreme 7 inch mix.

Beautés Monstres - Musée des Beaux-Arts de Nancy



On était pour trois jours à Nancy (ville que l'on ne connaissait pas et par laquelle on a été très séduit). On en a profité pour visiter, entre autres, le Musée des Beaux-Arts, où s'ouvrait une exposition qui ne pouvait que nous séduire, sur la représentation du monstre dans l'art. Une exposition dense, point trop blablateuse qui justifierait à elle seule un week-end à Nancy. On se permet de reproduire ici quelques oeuvres qui nous ont arrêté - entre beaucoup, beaucoup d'autres. On ne saurait trop recommander l'acquisition du catalogue.


École française du XVIIIe siècle, Portrait charge de Louis-Antoine de Gontaut, duc de Biron, en Paon


Grandville, Cauchemar (vers 1830)


Miroir à main d'Hortense Schneider (seconde moitié du XIXe siècle)


Roland Topor, Tue-la-mort (1978)


René Wiener, reliure pour Les Trophées, de José-Maria de Heredia (1893)


Jacques Callot, Varie Figure di Gobbi (1616)


Giovani Battista Bracelli, Bizzarie di varie figure (1624)


Nicolas et Geneviève Regnault, Le Petit Pépin exposé en spectacle à Paris en 1757 et 1758 (1775)


Odilon Redon, Le Polype Difforme flottait sur les rivages, sorte de cyclope souriant et hideux


Gustave Moreau, Le Voyageur ou Oedipe Voyageur (avant 1888)


Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonsalvus (1594/1595)


L'Homme de cinq heures - Gilles Heuré



Comment dire du bien d'un livre par lequel on a été déçu ? La question est moins paradoxale qu'il n'y semble... Toujours est-il qu'on avait découvert par la télévision le roman de Gilles Heuré, défendu avec passion par (le très sympathique) Louis Pérot, de la librairie Le Divan. Magie de la technique, ça se visionne ici. Il y avait là tout pour nous plaire, à commencer par cet énigmatique personnage qui se fait passer pour Paul Valéry (PV a une bonne place dans le désordre de notre bibliothèque). L'enthousiasme de Louis Pérot se comprend : ce n'est pas si souvent qu'on tombe sur des livres aussi malins, cultivés, bien écrits, sérieux et rigolos à la fois, parsemés de pistes (littéraires) sur lesquelles on a envie de se lancer. Le hic, car il y un hic, c'est que ce roman où il est question d'une quête folle des "cinq heures" dans la littérature donne un peu l'impression de se répéter, voire de tourner en rond ou même de se retrouver dans une impasse qu'il aurait lui-même creusée. Un peu tard, on s'est avisé de la façon dont il convient peut-être de lire le livre de Gilles Heuré : non pas d'un trait, mais en plusieurs fois, en laissant parfois passer une ou deux semaines entre deux chapitres. Et si la chute n'était pas un peu trop facile, on suggérerait même de ne le lire qu'à 5 heures...

Reading People - Claude Jade / Jean-Pierre Léaud



Claude Jade et Jean-Pierre Léaud dans Domicile Conjugal de François Truffaut (1970)
Photographie de Pierre Zucca

The Depreciation Guild - Dream About Me



Emplettes - 1 €







On est particulièrement heureux d'être tombé sur le Sitwell (dans la jolie collection du Cabinet des Lettrés, au Promeneur) qu'on ne possédait pas. Agréable trouvaille aussi que le Danielle Collobert. On est assez intrigué par cet auteur qui se suicida en 1978, et qui laisse derrière elle une oeuvre que certains placent très haut (voir ici, par exemple, ou , pour sa biographie). P.O.L. a réédité l'ensemble de ses livres. Quant au Boylesve, auteur avec lequel on n'a jamais réussi à "accrocher" (malgré son environnement littéraire, et son sens des titres - La Leçon d’amour dans un parc, Souvenirs d’un jardin détruit ou Le Parfum des îles Borromées), on s'est laissé tenter à lecture des premières lignes de ce Meilleur ami, dédié par ailleurs à Marcel Boulenger, spécialiste du dandysme (entre autres) et amis d'Eugène Marsan :

J'évite ordinairement de passer par cette avenue Raphaël qui me rappelle trop de souvenirs. Un hasard m'y a mené tantôt ; j'accompagnais un ami ; nous causions ; je levais les yeux à peine ; pourtant je crois bien avoir aperçu la pelouse du tennis, le tramway qui grince en tournant vers la Muette, et le jeu de bagues. Tout à coup, nous sommes arrêtés par un sol boueux, creusé d'ornières dégoûtantes, et mon compagnon me dit :
- Tiens ! c'était là l'hôtel des Chanclos !... bon Dieu ! comme tout passe !...

Je me souviens de The Yes Party




Philippe Delerm - Quelque chose en lui de Bartleby



On nous a gentiment offert le nouveau roman de Philippe, dont on n'avait jusque-là jamais rien lu - pour des raisons pas forcément glorieuses -, sachant notre attachement au Bartleby de Melville et, nous fit-on comprendre, parce que nous avions quelques traits de caractère en commun avec le personnage principal (ce que nous récusons en partie). Arnold Spitzweg est employé de poste et mène une vie qu'on pourrait qualifier de terne. L'auteur nous le présente comme une espèce d'antimoderne, attaché à la contemplation, à la lenteur, à l'authenticité des choses et des gens. Jusqu'au jour où (sans qu'on comprenne d'ailleurs vraiment pourquoi) il se met à publier ses impressions et des instantanés parisiens sur un blog. Ledit blog (antiaction.com) va connaître un progrès phénoménal, et sous la pression que va engendrer ce succès, Spitzweg va y mettre un terme brutal et revenir à sa vie anonyme. Il continuera d'écrire, mais uniquement pour lui-même.
De ce qu'on a pu voir de lui, Delerm a l'air "sympa", gentil - pas méchant, quoi. Son écriture est simple, vaguement ennuyeuse. À l'image de son héros, mais aussi du Paris qu'il décrit. Paradoxalement, c'est peut-être cela qui est intéressant, chez lui : il n'est pas dans sa manière de faire dans la caricature outrancière, son propos n'est pas de s'aventurer dans les bas-fonds de la capitale ou d'aller dénoncer avec force telle ou telle injustice. Il balade son personnage dans un Paris "cool", où l'on pique-nique sur les quais, où l'on fait du vélo et du roller, etc., et il raconte cela avec une justesse de trait étonnante, décrivant la capitale de carte postale, un rien aseptisée qu'est souvent Paris. De même, les scènes qui réunissent Spitzweg et ses collègues de travail enfilent l'air de rien, avec un art consommé, les banalités et les lieux communs .
Delerm sera sans doute oublié dans cinquante ans, puis peut-être redécouvert s'il se trouve un éditeur - un peu singulier... - pour le rééditer. Les lecteurs de Quelque chose en lui de Bartleby apprécieront la gentille ironie de ce texte, et peut-être sans le savoir, ils liront une description très juste (c'est assez rare) des rites parisiens d'aujourd'hui.

Antoine Doinel - Les Salades de l'Amour



On ne se lasse pas de contempler cette couverture...

(Objet trouvé sur une espèce de blog pas banal, un rien foutraque : tableaudechasse)

Louis Chadourne - West Indies




On n'a pas su résister, et pour le prix d'une place de cinéma on s'est offert cette livraison de la revue Les Marges, animée dans le premier quart du XXe siècle par Eugène Montfort - dont il a déjà été question ici. La raison, c'est la présence du poème West Indies de Louis Chadourne, publié là pour la première fois. On est en 1920, et Louis Chadourne revient d'un voyage de plus de quatre mois dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, en compagnie de Jean Galmot, que les lecteurs du Rhum de Blaise Cendrars connaissent déjà. West Indies a été écrit à Trinidad.
West Indies est un des rares poèmes de Chadourne qui ait une certaine renommée. Les mauvaises langues diront qu'il n'est pas sans évoquer le Barnabooth de Larbaud ou, surtout, les Cartes Postales de Levet. Soit. Mais on aurait tort de bouder son plaisir :

Trinidad ! nous irons, si vous voulez bien,
Arabella, darling,
Faire un tour en voiture autour de la Savane
Cependant que Monsieur votre père entre au club
Et sous la véranda sanglante d’hibiscus
Hume le whisky frais et mâchonne un havane !

Arabella, darling ! le ciel tendre s’irise,
Un arc-en-ciel marin a fleuri sur sa tige
Et l’Église anglicane entre les lataniers
Soupire à l’harmonium un psaume familier.
Arabella ! songez à la douceur de vivre
Et distillez pour moi ce ciel : West-Indies.

Des coolies jaunes et bleus
Ont traversé la pelouse
Voici venir deux par deux
Dans leurs gaines de mousseline
Les demoiselles sapotilles.

Arabella, darling ! nous irons
Respirer l’odeur des épices
Dans la belle boutique de Canning
Qui sent le ginger-ale et la pomme cannelle.

Arabella ! vous étiez bien trop sage,
Pour regarder de mon côté
Quand je vous ai croisée dans le parc du gouverneur

Je ne vous connais pas, Arabella, ma sœur,
Votre sourire est pour les joueurs de cricket.
Pour les boys sur le court, en manches de chemises
Non pour le voyageur qui s’attarde et regrette.

La montagne s’est casquée
D’un lourd capuchon de cuivre.
La Sirène du bord vibre !
Voici l’heure d’embarquer.

Plus tard, je dirai « C’était à la colonie...
Un soir d’Octobre doux comme un soir de France,
Un soir de Trinidad, aux Antilles Anglaises,
Arabella, mon cœur, revenait du tennis. »

Et maintenant, larguez l’amarre. En douce !
Trinidad, mon cœur, perle du Tropique
Brûle d’un feu vert au cœur de la nuit.

Louis Chadourne


L'ensemble des poèmes de Louis Chadourne a été rassemblé en 1929 à la NRF, sous le titre d'Accords, avec une émouvante préface de Benjamin Crémieux. On y retrouve West Indies, mais aussi les deux recueils publiés de Chadourne, Commémoration d'un mort de printemps (1917) et L'Amour et le sablier (1921), ainsi que des "poèmes d'Italie" et des poésies de jeunesse. Le premier de ces recueils, inspiré notamment par la terrible expérience de la guerre (Chadourne perdit nombre de ses amis et fut lui-même enseveli dans l'éboulement d'une tranchée, ce dont il ne se remit jamais) mériterait amplement d'être sorti de l'oubli.




Antena - The Boy from Ipanema



Les Fumeuses de Haschich - Gaetano Previati



Gaetano Previati - Las Fumadoras de Hashish (1887)

Rive Droite, le magazine littéraire




Si l'on n'a pas trop l'esprit à lire, en ce moment, on continue malgré tout d'acquérir des ouvrages et d'élever toujours plus haut nos piles de livres. C'est ainsi qu'on est tombé récemment sur ce numéro 3 de la revue Rive Droite (1991), qui était oublié sur une étagère peu engageante d'occasions soldées à 1 € et promises à terminer prochainement dans une poubelle. C'est triste, mais c'est ainsi. À l'évidence, on était passé à côté de ce "magazine littéraire" à l'époque de sa parution, et ce malgré la présence en plusieurs sommaires de Frédéric Berthet. Il est possible aussi qu'on n'ait pas été sensible au côté post-hussardien, qui n'était pas forcément notre tasse de thé. Toujours est-il que cette revue qui avait pour éditeur Thierry Ardisson et pour rédacteur en chef Éric Neuhoff connut quatre livraisons, entre 1990 et 1991, avec à chaque fois un titre : Ailleurs, pour le n°1 (printemps 90) ; Paris, pour le n°2 (Hiver 90/91) ; Gueule de bois ! (Printemps 91) ; Longtemps, je me suis couché de bonne heure (Hiver 91/92). Les deux premiers numéros furent édités par les Éditions du Rocher, les deux derniers par Albin Michel. Si l'on donne une liste des auteurs publiés, on comprendra mieux de quoi il retourne : Eric Neuhoff, Denis Tillinac, Thierry Ardisson, Frédéric Berthet, Patrick Besson, Olivier Frébourg, Jean-Michel Gravier, Jérôme Leroy, Jean-Marc Parisis, Jean-René Van der Plaetsen, Patrick Besson, Nancy Mitford, Lucien Rebatet, Sylvia Plath, Dominique de Roux, Frédéric Beigbeder, Frédéric Fajardie, Maurice Girodias, Brian Gysin, Alphonse Karr, Paul Morand, Jean-François Coulomb, Martin Peltier, Bertrand de Saint-Vincent. Stéphane Hoffmann, Anne Chisholm, Jean-Luc Coatalem, etc.
On le voit, le nom de la revue n'avait rien d'innocent. On ne craignait pas de pencher sérieusement à droite, jusque dans ses extrêmes (Peltier), ni de publier des "infréquentables" (Rebatet). Mais il y avait aussi des auteurs clairement étiquetés à gauche (Fajardie, Besson). Et quelques présences assez inattendues, comme celles d'Alphonse Karr ou de Brian Gysin... Alors ? Alors, le résultat est décevant, un peu ennuyeux, un rien convenu. Trop de textes où il est question de belles voitures et de grands appartements, de jeunes gens propres sur eux qui boivent du champagne en citant Blondin ou en disant des gros mots - on schématise, évidemment... Cela ne nous empêchera pas de chercher les autres numéros de la revue. On ne sait jamais.

Librairie Gibert Joseph, à Paris



Un grand merci à librairie Joseph Gibert qui propose désormais nos Dandys. Le livre se trouve au quatrième étage du magasin, parmi les essais littéraires.

26, boulevard Saint-Michel, 75005
Tél. 01 44 41 88 88‎
Métro Cluny-la-Sorbonne


Librairie Compagnie, à Paris


Un grand merci à la librairie Compagnie, qui propose à présent nos Dandys.

58, rue des Écoles, 75005 Paris
Tél. 01 43 26 45 36
Métro Cluny-la-Sorbonne



Tears - Frankie Knuckles / Satoshi Tomiie / Robert Owens



Tristesse





(Illustration : Mégalithes - laque sur toile de Loïc Le Groumellec, 1998)


Zazie dans le métro





C'est un peu par hasard que l'on a découvert et acheté cette édition de Zazie dans le métro. L'éditeur, c'est l'Olympia Press de Maurice Girodias, connu pour avoir publié à Paris, en langue anglaise, des livres interdits aux États-Unis et en Grande Bretagne. Lolita de Nabokov, L'Homme de Gingembre de Donleavy, le Festin nu de Burroughs sont parmi les plus connus. Sa production, pourrait-on dire pour résumer, se partageait entre la littérature érotique et scandaleuse et l'avant-garde. On ne sait trop comment Zazie est venue se glisser là-dedans. Le livre, qui devait être publié sous le titre Zazie or the Sex of Angels, est sorti en 1959, comme la version française. Il est traduit par Akbar del Piombo (pseudo de Norman Rubington, qui publia chez Olympia de formidables livres illustrés de collages) et par Éric Kahane (frère de Maurice Girodias). La cerise sur le gâteau, si l'on peut dire, ce sont les illustrations de Jacqueline Duhème, notamment connu pour ses illustrations de Prévert. Ici, elle a parsemé le livre de petits dessins aux traits qui donnent une fantaisie supplémentaire au texte de Queneau. Sauf erreur, Gallimard n'a jamais repris ces illustrations. C'est dommage.





Pascal Jardin vs Jean Jardin





On en a terminé avec la lecture de La Bête à bon dieu, de Pascal Jardin, sorti l'année même de la mort de l'auteur. Moins fort peut-être que La Guerre à neuf ans, le bouquin regorge néanmoins de scènes ahurissantes, drôles ou glaçantes, et de portraits que la plume de Jardin brosse avec un talent qu'on envie. On a toujours autant de peine à croire que l'auteur ne savait pratiquement ni lire ni écrire à 15 ans. À ce propos, il livre ici une lettre qu'il adressa à son père en 1949 ; il avait quinze ans, justement. On y joint la réponse de Jean Jardin, fort belle.

Pap.

Ge menuille detoit a Pariss. Gai écouté un concerto de Bêtove. J'été comme hivre. Alors ge suis montai sur mon veloy et gai dévalé comme un fous. Ensuite jetais abatu parle pois dela tristèce De mon queure. Esquuse mois de técrire a la machin, mé gai perdu mon styl-oh ! Tu est la seul person aqui ge puis me con Fier, car gus caprésent, écrire été par mois un suplise. Gai taime. Orvoir et a samedi. Pascal.


Mon tendre Foutrac.

Ta lettre bien singulière m'a donné le plaisir d'avoir de tes nouvelles. Je constate avec appréhension que tu te bats toujours avec l'alphabet comme d'Artagnan avec les gardes du cardinal de Richelieu ! Quel chantier que tes mots, tes phrases et tes chagrins ! Je rêve pour toi d'harmonie intérieure, mais rien en toi me semble vouloir y contribuer. Beethoven te pousse vers le vélo, dont tu uses à outrance, ensuite c'est l'épuisement romantique du poids de la tristesse. Je veux que tu saches, que je sais, que les malheurs sans causes de nos quinze ans sont les plus importants. Ils nous ouvrent les portes du Monde et de nous-même. Plus tard, quand tu seras grand, sinon vieux, et que l'amertume te prendra pour une femme ou un ami infidèle, souviens-toi, oui, souviens-toi du temps béni où tu versais des larmes comme la rosée du matin. La jeunesse est un luxe, use, abuse d'elle. Plus tu la fatigueras, plus elle sera immense...

Reading People - Marlon Brando



Photographie de Cecil Beaton (1946)

Daniel Wilhem - Maurice Blanchot, la voix narrative




Voilà des décennies qu'on rêvait sur ce livre de 1974, au titre vu et revu sur cette "liste alphabétique par noms d'auteurs des ouvrages disponibles" qu'on trouvait dans les pages de fin des 10/18 des années 70 et qu'on aimait parcourir. On en rêvait, car il demeurait introuvable. Le hasard, une vente sur eBay, et le voici donc entre nos mains. Rapidement parcouru, il se révèle passablement illisible, comme on le craignait, emblématique de toute une critique de l'époque (aussi fascinante que hérissante), emblématique aussi des lectures commentées auxquels ont donné lieu les romans de Maurice Blanchot (aussi fascinants que hérissants, là encore). On se contente de livrer un extrait :

De cette manière : le commentaire fait donc retour, nullement pour nommer le récit, mais pour déloger le nom qui s'emplace par le branle du récit et de sa lecture et qui, par cet emplacement, tente de réduire la différence à soi du nom dans le désir d'un pur récit, d'une aussi pure lecture. Comme si ce délogement aidait ainsi le commentaire à désigner, selon une transgression itérante, la place où justement le nom manque, et déplaçait ce lieu vacant, lieu de manque. Comme si ce délogement et ce déplacement lui étaient toujours nécessaires car, on l'a montré, du nom, du retour du même nom, la lecture reçoit l'aveu et la sanction d'un discours-objet ; elle est vouée par conséquent à emprunter au nom de l'objet les moyens de son progrès, jusqu'au signifié de son exercice ; elle doit avouer alors qu'elle n'est pas seulement autorisée, mais toujours déjà pensée par ce qu'elle pense, et que, mimique nominale qui avoue sa vérité dans l'identité et l'idéalité du nom, elle est prise au piège de la doublure, le mirage du Même pur.
Donc: d'une certaine (tout autre) manière, le commentaire fait retour, nullement pour dédoubler le nom du récit, fût-ce en le faufilant, mais pour le nombrer.

De Daniel Wilhem, on reparlera à l'occasion, car il anima dans les années 1980 et 1990 une très belle revue, Furor. Il a aussi publié chez Léo Scheer un intéressant Bibliomanies.

The Hapless Child




Musique de Michael Mantler, d'après The Hapless Child d'Edward Gorey. Avec : Robert Wyatt (chant), Carla Bley (piano, clavecin, synthétiseur), Steve Swallow (basse), Jack DeJohnette (batterie, percussions), Terje Rypdal (guitare).

Emplettes - 1 €





On avait entendu parler du livre d'Alain Chedanne dans L'Aventure hippie de Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy. Les deux livres de cet auteur (l'autre, Freak, parut en 1974 chez le même éditeur) étaient cités comme de rares exemples de littérature hippie à la française. On est donc tombé sur le premier ce matin. Shit, Man !, qui jouit d'une certaine réputation et obtint quand même le Prix des Enfants Terribles et le Prix des Deux Magots, en 1972. Quant à l'auteur, aucune information, sinon qu'il s'agissait d'un "vieux routard et squatter professionnel" (Patrick Rambaud). La couverture du livre est passablement esquintée, ce qui lui donne presque un certain charme : on l'imagine dans une chambre mal aérée, empestant le patchouli et l'afghan, sur un sol encombré de tasses de thé renversées, de chemises indiennes chiffonnées et parmi un amoncellement de livres et des disques - mettons-le entre le Third de Soft Machine et Le Bleu, bleu de Dashiell Hedayat...
Maggy Rouff, de son vrai nom Marguerite Pierre Besançon de Wagner (1896-1971), d'origine belge, créa et dirigea la fameuse maison de couture du même nom à partir de 1929. Elle a publié plusieurs livres, dont cette Philosophie de l'élégance, qu'on possédait déjà et qu'on va sans doute revendre sur un célèbre site de vente aux enchères.
Quant à Pascal Jardin, depuis qu'on à lu La Guerre à neuf ans, on achète ses livres lorsqu'il nous tombe sous la main à si bon prix.

Shit, man ! Alain-Chedanne - Gallimard, 1971
La Bête à bon dieu, Pascal Jardin - Flammarion, 1980 (avec une postface de François Mitterrand)
La Philosophie de l'élégance, Maggy Rouff - Éditions Littéraires de France 1942 (avec des illustrations de Paul Colin et de l'auteur)

Diane et Actéon - Jean-Baptiste Corot








Jean-Baptiste Corot - Diane et Actéon (1836)

Eugène Montfort - L'Évasion Manquée




Il s'appelle Girard et mène une vie parisienne assez peu enviable, entre son travail routinier à la banque et une épouse aux allures de mégère. Un soir, Girard met à exécution le plan qu'il préparait secrètement depuis des années. Il sort de chez lui, son cigare entre les lèvres... pour ne plus revenir. Il va s'installer dans un petit hôtel, et dès le lendemain, il rase sa barbe, s'achète des lunettes, change de style vestimentaire et de nom, s'invente un personnage d'aventurier. Il a avec lui un joli paquet d'économies et pense quitter la France. Mais il se fait rapidement à sa nouvelle vie, une vie de patachon ponctuées par les bons repas, quelques conquêtes féminines, la découverte d'une monde nouveau, celui du Montparnasse artiste des Années Folles. Il s'installe dans un atelier d'artiste, se met à la peinture. Au bout d'un certain temps, toutefois, Girard commence à se fatiguer de son existence factice et à avoir la nostalgie de son ancienne vie. Il se met à rencontrer de nouveau des "vrais gens", joue à la belote dans les cafés, et le jour où il découvre dans le journal qu'on croit avoir retrouvé dans la Seine son corps, identifié par sa femme Henriette, c'en est trop. Il éprouve le besoin de revoir Henriette. Il l'épie, se décide à l'aborder et, peu à peu, il réussit à la séduire. Jusqu'au soir où il la reçoit chez lui, de nouveau barbu, de nouveau vêtu de son austère uniforme de banquier. Son épouse le reconnaît, partagée entre l'incrédulité et la joie, et elle se met aussitôt à le houspiller pour une histoire de parapluie mouillé. Girard retrouve sa mégère, et il est fou de bonheur. La boucle est bouclée.

Ce roman publié en 1933 aux éditions Émile-Paul est mené tambour battant. C'est amusant, ponctué de scènes et de tableaux très réussis. On connaissait Eugène Montfort pour avoir été le premier directeur de la Nouvelle Revue Française, pour sa petite revue les Marges et pour son Vingt-cinq ans de littérature française, tableau de la vie littéraire de 1895 à 1920, qu'il fit paraître à la Librairie de France, dans les années 1920 - une somme parfois discutable dans son propos et ses positions, mais impressionnante par son ambition. Bref, on voyait en Montfort quelqu'un de sérieux, voire austère. D'où notre surprise à la lecture de ce roman (il en a écrit beaucoup d'autres) au ton et au propos très légers. Pour ne rien gâter, la couverture est très réussie, tout comme le bandeau qui entourait ce livre neuf, jamais coupé, acheté pour un euro :


Monocle - Fritz Lang










La machine à écrire de Nietzsche



Je songe beaucoup à m'acheter une machine à écrire et je corresponds avec l'inventeur, un Danois de Copenhague.

Friedrich Nietzsche (lettre à Peter Gast)

Ci-dessous une lettre de Nietzsche adressée à Heinrich Köselitz le 17 janvier 1882 et tapée sur la fameuse machine (document provenant de The Goethe and Schiller Archive, à Weimar, en Allemagne)



Le "Danois de Copenhague" auquel fait allusion Nietzsche n'est autre que Rasmus Malling-Hansen, auquel un site remarquable rend un hommage mérité. C'est ici.




On en profite pour rappeler à nos lecteurs le petit livre de Patrick Mauriès paru chez Gallimard en avril 2009 et intitulé Nietzsche à Nice. Un court ouvrage qui s'intéresse, avec la curiosité, le style et ce goût des transversales et des replis qu'on apprécie chez Patrick Mauriès, aux cinq séjours que l'auteur allemand effectua à Nice. Il n'y est pas fait allusion à sa machine à écrire, et l'on se demande si Nietzsche se déplaçait avec l'engin dans ses bagages...

Des risques du métier d'éditeur




L’éditeur Léo Scheer n’en revient toujours pas. Ses locaux professionnels, au cinquième étage du 22, rue de l’Arcade à Paris (VIIIe), ont été visités dans la nuit de dimanche à lundi, révèle mardi «le Parisien» dans ses colonnes. Les voleurs, qui ont défoncé la porte, n’ont emporté, si l’on excepte deux carnets de tickets restaurant, qu’un seul objet : le manuscrit des « confessions » de l’animateur de télévision Jean-Luc Delarue.
Ils sont ensuite repartis par les toits.
« Le texte était écrit à la main et n’existait qu’en un seul exemplaire », précise l’éditeur qui, lorsqu’il a déposé plainte dans la journée d’hier, avouait avoir eu du mal à être pris au sérieux par les policiers.


leparisien.fr

Au Revoir Simone - All or Nothing




La même sous un autre angle :



L'on trouve ça frais et léger, charmant, et cela nous rappelle (un peu en mineur - le Casio remplaçant pour ainsi dire la Rickenbacker) les Young Marble Giants. Le 30 septembre à Paris.

Nicole Vedrès



Pas de dépense inconsidéré, ce week-end, juste un livre enlevé pour l'euro habituel. Parmi les volumes hétéroclites entassés sur deux, trois ou quatre épaisseurs, au long d'une table interminable, le regard s'est arrêté sur celui-ci. Et sans qu'on sache trop pourquoi, peut-être les vagues échos qu'éveillait le nom, on a eu la conviction qu'il fallait le prendre. Bien nous en a pris : il semble que cette dame pour le moins oubliée soit à redécouvrir. Quelqu'un y a déjà pensé : le Dilettante, une fois de plus, qui a réédité certaines des chroniques de Nicole Vedrès en 2000. L'auteur est ainsi présentée : "Nicole Vedrès est née le 4 septembre 1911 à Paris. Figure marquante du Saint-Germain-des-Prés d’après guerre, cette touche-à-tout talentueuse fut tour à tour, et en même temps, romancière, chroniqueuse, dramaturge, essayiste, cinéaste et journaliste dans la presse et à la télévision, dans la fameuse émission Lectures pour tous." Tout cela donne évidemment très envie d'en découvrir un peu plus sur cette figure d'un autre temps, dont on devine le caractère en la voyant parler de James Joyce en 1958 à l'émission Lectures pour tous :

retrouver ce média sur www.ina.fr


NB : En se renseignant sur notre auteur, on a été un peu énervé de voir que tout ce que la très courte notice qui lui est consacrée sur Wikipédia trouve à dire sur son oeuvre, c'est : "Elle a notamment collaboré au Rouge et le Bleu en 1941-42 ainsi qu'à l'émission Lectures pour tous." Le Rouge et le Bleu étant une revue collaborationniste socialiste. Il y a chez le rédacteur de cette notice des intentions douteuses...

Crimes au Vésinet



Dans notre quête de fascicules policiers publiés durant la Seconde Guerre mondiale (déjà évoquée ici), on est tombé sur celui-ci : Crimes au Vésinet, 32 pages signées d'un certain Roland Marchais et publiées en janvier 1944 aux éditions de l'Étrave, dans la collection Vidocq. On ne pouvait pas le laisser passer, puisqu'on a habité près de vingt ans au Vésinet, cité verdoyante privilégiée dont on aime bien retrouver des traces dans la littérature (de Tristan Bernard à André Breton en passant par René Fallet et autres). Et en feuilletant le livre, on a découvert avec stupeur que le héros du livre, le commissaire Audoin, amateur de gibelottes, habite rue des Tournelles, à Paris... où l'on réside depuis une quinzaine d'années. Coïncidence qui nous a réjoui. On se prend à espérer d'autres surprises du même genre, dans cette histoire où un mystérieux fakir semble avoir son rôle...