Daniel Wilhem - Maurice Blanchot, la voix narrative




Voilà des décennies qu'on rêvait sur ce livre de 1974, au titre vu et revu sur cette "liste alphabétique par noms d'auteurs des ouvrages disponibles" qu'on trouvait dans les pages de fin des 10/18 des années 70 et qu'on aimait parcourir. On en rêvait, car il demeurait introuvable. Le hasard, une vente sur eBay, et le voici donc entre nos mains. Rapidement parcouru, il se révèle passablement illisible, comme on le craignait, emblématique de toute une critique de l'époque (aussi fascinante que hérissante), emblématique aussi des lectures commentées auxquels ont donné lieu les romans de Maurice Blanchot (aussi fascinants que hérissants, là encore). On se contente de livrer un extrait :

De cette manière : le commentaire fait donc retour, nullement pour nommer le récit, mais pour déloger le nom qui s'emplace par le branle du récit et de sa lecture et qui, par cet emplacement, tente de réduire la différence à soi du nom dans le désir d'un pur récit, d'une aussi pure lecture. Comme si ce délogement aidait ainsi le commentaire à désigner, selon une transgression itérante, la place où justement le nom manque, et déplaçait ce lieu vacant, lieu de manque. Comme si ce délogement et ce déplacement lui étaient toujours nécessaires car, on l'a montré, du nom, du retour du même nom, la lecture reçoit l'aveu et la sanction d'un discours-objet ; elle est vouée par conséquent à emprunter au nom de l'objet les moyens de son progrès, jusqu'au signifié de son exercice ; elle doit avouer alors qu'elle n'est pas seulement autorisée, mais toujours déjà pensée par ce qu'elle pense, et que, mimique nominale qui avoue sa vérité dans l'identité et l'idéalité du nom, elle est prise au piège de la doublure, le mirage du Même pur.
Donc: d'une certaine (tout autre) manière, le commentaire fait retour, nullement pour dédoubler le nom du récit, fût-ce en le faufilant, mais pour le nombrer.

De Daniel Wilhem, on reparlera à l'occasion, car il anima dans les années 1980 et 1990 une très belle revue, Furor. Il a aussi publié chez Léo Scheer un intéressant Bibliomanies.

Commentaires

  1. Cet extrait ne me pose aucun problème. J'aime bien la blague de la fin et aussi le moment où le capitaine se penche en avant et se cogne dans la valise du boxeur.

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  2. Je savais bien que cela vous amuserait, potache que vous êtes resté d'esprit.

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  3. Dans les années 70 à Calvingrad, Daniel Wilhem était le guide (gourou ?) d'un petit groupe de lycéens et d'universitaires gauchistes structuralo-dépressifs. Je trouvais sa production littéraire rédhibitoire car manquant singulièrement d'hUmour.

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