Charles Baudelaire - Eugène Marsan



Photo d'Étienne Carjat


Tableau d'Émile Deroy

"Dans sa première jeunesse, beau comme l’a décrit Banville, il avait porté une barbe fine. En 1849, à l’hôtel Pimodan, Gautier lui a vu une légère moustache, qui ombrageait la lèvre sinueuse. Dans les dernières années, il laissera sa chevelure reprendre trop de longueur. Le Baudelaire parfait, qui n’a duré que quelques années, a la bouche nue et les cheveux courts, non pas ras, comme on l’a dit par comparaison aux indicibles crinières de l’époque. Le temps a déjà isolé une mèche sur le vaste front, dégarnir les tempes, altéré l’ovale du visage, où deux sillons griffent la joue. Les yeux se détachent sur un teint qui est pâle ou brun, mais d’un seul ton. Nous ne savons pas s’ils furent noirs ou « tabac ». Ils étonnent moins par leur éclat que par leur fixité et leur air d’absence. Il a l’âge de ne plus bien croire aux espérances que l’on a encore.
Il ne quitte plus l’espèce d’uniforme qu’il a inventé dont la pièce principale est un paletot, le célèbre froc. Je pense que l’idée lui en a été donnée par la blouse précitée. Le même contour, la même ligne flottante et gracieuse, en dehors de la mode, mais qui ne la brave point. Pour le plaisir de montrer son beau cou marmoréen, Baudelaire jeune avait choisi des chemises au col bas. Il les garde pour leur commodité, ou par coquetterie tenace, ou par économie forcée, pour épuiser les douze semaines que la légende veut qu’il ait achetées dans la brève semaine qu’il se crut riche. Vous songez à vous payer ma tête parce que j’ai blâmé le même col chez Barbey. Mais ce n’était pas le même, regardez les images. Il n’était pas non plus accordé au reste de l’habillement comme chez Baudelaire. La cravate de celui-ci est une merveille, non pas molle, demi-molle, nouée en gros nœud carré, noire le plus souvent. L’on a aussi gardé souvenir de ses foulards, et de l’un d’eux, notamment, qui fut jaune et rouge, aux dessins éclatants."

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