Philippe Jullian - Journal (2)





Un peu déçu par la déception qu'occasionne ce journal, dont on attendait pourtant beaucoup. D'autres ont dit ailleurs tout le bien qu'il y avait à en dire, et ils l'ont dit très bien - Alexandre Fillon ou Jean Chalon. La déception vient sans doute de l'inégalité d'intérêt de ce journal ; la fin, surtout, tire en longueur, où l'on sent que le diariste n'est plus très intéressé. C'est la première partie, durant la guerre, qui se révèle la plus stimulante, d'autant qu'on y voit en temps réel l'évolution de Jullian, dans son écriture - qui se bonifie et gagne en profondeur - comme dans sa vie (amusant de voir qu'il attend la fin de la guerre, pour se "libérer" lui-même et assumer pleinement sa "délicatesse", comme on disait à l'époque). On découvre dans ce journal une personnalité cultivée, curieuse de tout, et aussi pleine d'ambition - trop peut-être, pour son propre bien. On voit ainsi un Jullian en proie à ce mal dont il ne se débarrassera jamais vraiment, le manque d'argent (grâce auquel, toutefois, il inventera un inimitable style décoratif de bric et de broc). D'autres maux, plus profonds, le visitent plus ou moins régulièrement : l'ennui, pour ne pas dire la dépression, un certain pessimisme et "un attrait morbide pour la catastrophe, la décadence et la mort", comme dirait son biographe, Ghislain de Diesbach. Diesbach qui est l'auteur des notes, très souvent agaçantes par un parti-pris aussi étrange que contestable.
On reviendra sur Philippe Jullian. À noter que les Cahiers Rouges de Grasset viennent de rééditer Les Morot-Chandonneur, écrits en collaboration avec Bernard Minoret, et qui content en petits tableaux l'histoire d'une "grande famille" en pastichant auteurs (de Stendhal à Marcel Aymé) et peintres (d'Ingres à Picasso). Un petit bijou.


Commentaires

  1. Qu'entendez-vous exactement par "parti-pris aussi étrange que contestable" ?

    Merci pour votre éclairante réponse.

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  2. Aaaaaargh ! L'on dirait une annotation en marge de mon prof de philo en terminales. Annotation tout à fait justifiée en l'occurrence. Eh bien, d'abord, il y a des notes inutiles. À quoi bon faire une note pour dire qui sont Marcel Aymé ("Romancier, conteur et auteur dramatique, cumulant les succès dans les trois domaines" - très intéressant, vraiment) ou Jean Marais "(Jean Villain-Marais (1913-1998), dit Jean Marais" - là, on reste sans voix) Ensuite, il y a le Diesbach qui vient attribuer ses bon et ses mauvais points : à quoi bon, dans la note sur Norman Douglas, préciser que c'est un auteur "démodé - qualificatif que mériterait bon nombre d'auteurs cités ? Etc. Tout n'est pas à jeter, mais ça agace.

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  3. Ça me rappelle certaines notes du Journal de Queneau : « Paul Valéry, écrivain français, etc. » Et à côté de ça, certaines allusions qui auraient mérité un éclaircissement n’avaient droit à rien du tout.
    Merci pour cet avis circonstancié. Je ne me précipiterai pas sur ce Journal et opterai plutôt pour les Morot-Chandonneur dont vous m’apprenez la réédition.

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  4. Ne vous précipitez pas, soit, mais achetez-le quand même. Ce serait dommage...

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  5. Ce Jullian que je ne connais pas, avait bien pigé les cycles économiques du marché de l'antiquité.
    voir ce billet

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