Café Society - Thierry Coudert



On est depuis longtemps (plus ou moins) fasciné par la Café Society, ce petit monde qui de 1920 à 1960, entre Paris, Londres, New York ou encore Venise, mêla aristocrates, milliardaires, artistes et parasites mondains dans une débauche de luxe et d'excentricité, teintés parfois d'avant-gardisme ou de pure élégance. On a découvert cet univers par le biais des merveilleux Album et Rencontres d'une vie de Pierre Le-Tan ; par les photos de Cecil Beaton et son Cinquante ans d'élégance et d'art de vivre, illustré par ses soins, paru chez Amiot-Dumont dans les années 50 et jamais réédité ; par les livres et les illustrations mordantes de Philippe Jullian, à commencer par son Dictionnaire du snobisme, où interviennent nombre d'acteurs de la Café Society.
Le livre de Thierry Coudert est une manière de somme sur le sujet, riche d'une iconographie impressionnante. Certaines photos sont connues ; d'autres le sont moins. On découvre aussi de nombreux documents extraits des scrapbooks du baron Cabrol. À côté d'images qui laissent souvent rêveurs, le texte se déroule comme une longue séance de name-dropping, parfois un rien répétitive, mais jamais ennuyeuse. Parmi les riches mécènes évoqués, on a nos chouchous : Étienne de Beaumont, Marie-Laure de Noailles, la très belle Natalie Paley, Daisy Fellowes et Nancy Cunard, Edward James, Charles de Beistegui et, un peu à part, Alexis de Rédé. Les intérieurs sont signés Emilio Terry, Jean-Michel Frank ou Georges Geffroy ; les robes de ces dames viennent de chez Schiaparelli ou Balenciaga, Jacques ou Christian Dior ; on se fait photographier par Horst P. Horst, André Ostier ou Cecil Beaton ; on croise l'aquarelliste Alexandre Seberiakoff, Christian Bérard (avec ou sans Boris Kochno), Louise de Vilmorin, Violet Trefusis... Le livre évoque les rites de ce beau monde (notamment les bals grandioses qui se donnaient dans des lieux tout aussi grandioses), ses lieux de prédilections ; il fait aussi découvrir ses personnages secondaires et périphériques, des silhouettes à la Modiano qui apparaissaient et disparaissaient, avec notamment ces parasites mondains dont on ne savait pas vraiment qui ils étaient, d'où ils venaient, ce qu'ils faisaient, et qui ne devaient qu'à leur physique ou à leur esprit leur droit d'entrée chez Marie-Laure de Noailles ou chez Marie-Blanche de Polignac.
Certains s'agaceront de ce déballage insolent de luxe et d'argent, de la vacuité apparente de cette petite comédie humaine ou encore de la personnalité de certains de ses membres (les Windsor, notamment). Il y a en même temps quelque chose d'émouvant dans le petit monde qu'évoque Thierry Coudert : c'est la fin d'une époque, l'ultime soubresaut d'une élite riche et insouciante pour qui l'élégance, le beau, le raffinement semblaient une espèce d'art de vivre. La page, nous semble-t-il, est définitivement tournée ; il ne nous reste plus que des beaux livres d'images à feuilleter.
















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