Frédéric Berthet - Éric Neuhoff


Comme tous les ans à la même époque, on range, on jette, on trie, on retrouve des petites choses conservées on ne sait vraiment trop pourquoi. Comme cette critique du Daimler s'en va de Frédéric Berthet, signée Éric Neuhoff et parue dans le Figaro Madame, en 1988. On se prend à rêver d'un livre aussi miraculeux dans la rentrée littéraire - mais il ne faut pas exagérer, tout de même.

DAIMLER S'EN VA - FREDERIC BERTHET - BRILLANTISSIME

Un peu de technique. Le livre est construit en trois parties. (l) Monologue de Daimler. Daimler est un peu cinglé. Il rencontre Uri Geller pour retrouver la femme dont il est amoureux. Daimler perd les pédales, Il va tout essayer : un psy, les petites annonces, le téléphone. Daimler compose une chanson dont toutes les rimes sont en «hic». Pour fêter son anniversaire, il dîne seul dans un grand restaurant. Il fait une liste de résolutions, se passionne pour les mceurs des pigeons, se sert d'une table de ping-pong comme d'un bureau, rêve qu'il est poursuivi par un œuf au plat géant. Daimler en a assez. Il estime qu'il a tout ressenti au moins une fois. La conclusion s'impose. (2) Bonneval était un ami de Daimler. Il a une gueule de bois phénoménale (champagne). Bonneval est à la campagne. Il apprend par cœur les articles du Chasseur Français Bonneval reçoit une lettre de Daimler est drôle, futée, mais posthume. (3) Bonneval est assis par terre dans le gymnase de Normale Sup. Il s'adresse à un magnétophone posé à côté de lui. Bonneval se souvient de Daimler. Le Barolo 1978 n'était jamais meilleur que quand Daimler était là. Daimler disait tout le temps des bêtises avec un air sérieux. Ses théories sur la littérature n'étaient pas sottes, finalement. Daimler était persuadé que lorsqu'il serait gâteux, on lui donnerait le Nobel. Daimler n'aura pas eu la patience d'attendre. Le livre de Berthet procure un plaisir fou au lecteur. Il fait un gros clin d'œil à Salinger. Les dialogues pétaradent. C'est brillant, enlevé, francais en diable. Cela nettoie la cervelle de toutes les bouillies indigestes qu'on ingurgite à longueur d'années. Osera-ton dire que Berthet vient d'inventer l'humour goy parisien ? On osera.

Éric Neuhoff. Gallimard, 108 p, 68 F.


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