Le prix du Nouveau Monde



On a commencé la lecture des Précieux de Bernard Faÿ, personnage trouble et déconcertant à qui Antoine Compagnon vient de consacrer une biographie. Ce sont les souvenirs de l'auteur (publiés en 1966) sur ses rencontres littéraires de l'entre-deux-guerres. On y croise entre autres Gide, Valéry, Gide, Cocteau, Proust, Giraudoux, Morand, Claudel ou Gertrude Stein... En feuilletant le livre, avant de se plonger dedans, on est tombé en arrêt sur une photo, celle du jury du Prix du Nouveau Monde en 1922. On y reconnaît, de gauche à droite, Jean Giraudoux, Jean Cocteau, Jacques de Lacretelle, Paul Morand, Bernard Faÿ et Valery Larbaud.
Rien que ça !
On est allé fissa se renseigner sur ce prix, qui ne nous évoquait rien. Il fut semble-t-il plus ou moins créé pour honorer Le Diable au corps qui, de fait, l'obtint en 1923. Manque sur notre photo Max Jacob, qui appartenait également au jury. Si le résultat du premier vote ne fut pas une surprise, il donna lieu à une âpre bataille entre deux camps : tout acquis à Radiguet, il y avait Jean Cocteau (évidemment...), Max Jacob, Bernard Faÿ et Jacques de Lacretelle ; et en face, Jean Giraudoux, Valery Larbaud et Paul Morand. Ces derniers portèrent leurs suffrages vers un des autres romans en lice, Le Bon apôtre, de Philippe Soupault.
Le prix n'eut qu'une autre édition, l'année suivante. Trois candidats étaient alors en compétition : Tristan Tzara, René Crevel et Pierre Reverdy. C'est ce dernier qui fut récompensé, pour un recueil intitulé Les Épaves du ciel. Une polémique s'ensuivit dans la presse, avec d'un côté Jacques Guenne et Maurice Martin du Gard (affirmant que le choix du lauréat était fait avant même le vote) et Aragon, Breton et Soupault de l'autre (clamant qu'ils considéraient Reverdy comme le plus grand poète de ce temps). Résultat des courses : Reverdy refusa le prix, et celui-ci disparut du même coup.


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