Jean-Jacques Schuhl / Lewis Morley



On s'est acheté ce matin le nouveau livre de Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes, sorti chez Gallimard, dans la collection l'Infini. On y reviendra peut-être, mais avant, une mise au point s'impose. Évoquant l'affaire Profumo, et sa protagoniste principale, Christine Keeler, le narrateur indique : "De tout ça il était resté seulement une photo : nue, les longues cuisses nacrées chevauchant la chaise design au dossier effilée, la photo de David Bailey avait fait le tour du monde en quarante-huit heures (...)" La photo évoquée, présentée ci-dessus, a bien fait le tour du monde. Mais elle n'est pas de David Bailey. Elle est de Lewis Morley, un photographe né d'un père anglais et d'une mère chinoise à Hong Kong, et qui s'est installé en Australie dans les années 70. On apprécie tout particulièrement ses photos du Londres des années 60 - celui du Swinging London, mais aussi de la période qui précéda -, qui sont avec celles de Bailey, justement, celles qui reflètent le mieux cette époque. On reproduit ici quelques clichés de l'auteur.
L'erreur de Schuhl n'a en soi rien d'important. À moins que l'auteur, perfectionniste, demande après avoir découvert la chose le pilonnage du livre et l'impression d'une nouvelle édition. On pourrait même monter d'un cran et imaginer que, rendu fou par cette méprise, il exige de tous les premiers acheteurs du roman qu'ils rapportent leur exemplaire, lequel serait remplacé par un nouveau. On pourrait sombrer dans le délire et songer à cet ultime lecteur qui n'aurait pas répondu à la requête de l'auteur et aurait conservé son exemplaire. Commencerait alors une véritable chasse à l'homme, l'auteur traquant sans merci son lecteur fétichiste, jusqu'à ce que...
On laisse au lecteur qui sera arrivé jusque-ici le soin de décider.
En tout cas, la méprise de Schuhl est assez ironique. Car la photo de Christine Keeney, si elle a indéniablement apporté la célébrité à Lewis Morley, s'est aussi révélée un fardeau, éclipsant un peu le reste de sa carrière. Qu'on attribue aujourd'hui ce fameux cliché à David Bailey, et c'est à pr"sent lui qu'on éclipse. Drôle de destin.


Trainspotter (1957)


Jean Shrimpton et Chris Powell (1961)


François Truffaut (1961)


Beyond The Fringe (1961)


Terence Greer (1962)


Pauline Boty (1963)


Jeff Beck (1967)


Charlotte Rampling (années 60)

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