Marie Darrieusecq - Rapport de police



Pour parler franc, on ne peut pas sacquer Camille Laurens et Marie Ndiaye. C'est une des raisons qui nous ont fait acheter Rapport de police, le dernier livre de Marie Darrieussecq, qu'on n'avait jusque-là jamais lue. Avec un rien de perversité, on s'attendait à ce que l'auteur taille de sévères croupières aux deux auteures sus-citées...
On est ressorti de ce livre éreinté.
Même si on comprend le besoin de Marie Darrieusecq de donner une leçon à ses méchantes petites camarades, était-il pour autant indispensable d'infliger au lecteur lambda, qui n'est pour rien dans l'histoire, un livre aussi pesant tant dans le fond que dans la forme ? Nombre de passages nous renvoient aux pires heures de la critique structuraliste et post-structuraliste -l'ombre des deux Jacques (Lacan et Derrida) plane sur nombre de pages. Une autre présence, plombante, vient trop souvent gâter le propos, celle du "charlatan viennois" (pour qui on n'a pas beaucoup de sympathie). Marie Darrieusecq est psychanalyste, ne l'oublions pas. Et puis, il y a cette quasi-omniprésence des régimes nazis et staliniens (au travers notamment des histoires tragiques de Paul Celan et d'Ossip Mandelstam) qui, insidieusement, colle les "plagiomniaques" du côté des totalitaristes et des fascistes - en mettant presque sur le même plan la surveillance littéraire pratiquée dans les régimes autoritaires, et les accusations de plagiat, ou encore celles de quelques illuminés de l'autofiction qui voudraient interdire au roman d'aborder certains sujet.
Ce n'est pas tout. Ce que l'auteur n'a sans doute pas mesuré, c'est le malaise que peut éprouver le lecteur au bout de 300 pages de ce traitement. Ce malais n'est pas l'émotion que suscite inévitablement l'évocation de destins dramatiquement brisés par une accusation de plagiat ou les agissements d'un pouvoir brutal. C'est plutôt un sentiment diffus de mauvaise conscience, de culpabilité : cette façon qu'a Marie Darrieussecq de placer l'écrivain, le créateur, au-dessus de tout, et de lui opposer les autres, ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, ne pensent pas comme lui, est dérangeante. C'est un peu : si vous ne pensez pas comme moi, Marie Darrieussecq, c'est que vous êtes un stalinien, un nazi, c'est parce que vous voulez mon emprisonnement, voire ma mort. Ce n'est pas dit comme cela, évidemment, mais c'est insidieusement suggéré. Et ce n'est pas très agréable.
En regardant un peu ce qui s'était dit sur Rapport de police, on a été frappé par le nombre d'interviews de l'auteure, en lieu et place de véritables critiques du livre : comme si les journalistes n'avaient pas trop su comment parler de cet essai souvent ardu, ni peut-être exprimer ce qu'ils en pensaient. Difficile, en effet, de dire du mal d'un auteur qui place son histoire sur le même plan que celles de Paul Celan et Ossip Mandelstam, deux des plus grands poètes du XXe siècle, aux destins tragiques.

Commentaires

  1. Bien envoyé. Je ne sais pas si je suis d'accord, j'ai pas lu le livre. Mais ce billet est singulièrement bien troussé, si je puis dire, de façon un peu surannée.

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  2. Les états d'âme de Darieusseq ne semblent pas très intéressants.

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  3. J'ai l'impression d'être un peu confus dans ce que je raconte... Quant à MD, je crois qu'elle a traversé quand même une sacrément dure période - le genre de truc qu'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi, selon la formule toute faite. Cette histoire ferait un super film.

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  4. Ne me mettez pas la pression, vieux. Déjà, que je suis hanté par les moutons, tarbais...

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  5. Vous n'imaginez le plaisir — et l'émotion — que j'éprouve en voyant que vous avez respecté la virgule sacrée entre le substantif "mouton" et l'adjectif géographique "tarbais". Merci infiniment. Tant de savoir vivre...

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