Dans la tête d'un réac - Éric Brunet


Ce que nous aimions le plus chez Nimier, c'était sa mort. Comme lan Curtis. le chanteur de Joy Division, ou Bon Scott d'AC-DC, Nimier était mort jeune et célèbre. Imaginez la coïncidence : avant de décider de cesser de publier, il avait imaginé le suicide du héros des Enfants Tristes au volant d'une voiture de sport anglaise. Et justement, lui aussi Nimier, le 28 septembre 1962, quittait ce monde au volant de son Aston-Martin.
Avec un vieux badge de Police que j'avais précautionneusement démonté, je m'en étais fabriqué un à l'effigie de Nimier. Il produisait un effet incroyable lorsque j'allais onduler mon corps le samedi après-midi, à la Galerie, la boîte nantaise à la mode. Onduler, c'est beaucoup dire. La mode n'était pas à la suavité mais à la gravité tragique. Cela m'allait très bien lorsque retentissaient les premières notes du succès de Taxi Girl :

"D'une bande magnétique
Un soupir lui échappe
Sur un écran géant
Une goutte de sang
Chercher le garçon
Trouver son nom
Chercher le garçon..."

Le badge complétait bien mon look branché de droite : richelieus bleus, jean Levi's Sta-Prest très serré et rayé, veste noire trop petite et chemise blanche. Sur le dance floor, j'essayais de ne pas déroger à certains principes et je veillais à ce qu'Estelle et Antoine fassent de même. Nous devions danser en nous regardant fixement dans la grande glace qui faisait face à la piste, car regarder les autres était vulgaire. Nous devions aussi appliquer la règle du Never Smile : sourire était anti-esthétique et anti-rebelle. Nous refusions la jovialité , acte de gauche par excellence. Nous ne dansions pas, nous anti-dansions ! Notre beauté était froide.

commentaire : un livre assez drôle dans sa première partie (la jeunesse de l'auteur, dans les années 70 / 80) et moins pas la suite.


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