Post Mortem - Rachel



commentaire : il fut une époque où les laboratoires faisaient dans la littérature. On est ainsi tombé sur ensemble de trois brochures éditées en 1925 par les laboratoires Cortial sur les Poitrinaires et grandes amoureuses. Elle sont l'oeuvre du Dr Cabanès, à qui l'on doit un certain nombre de livres assez distrayants sur la médecine et ses à-côtés. Si on possède un de ses ouvrages sur les grands névropathes, on se demande bien ce que donne son La Goutte et l'Humour. Anecdotes et Curiosités sur la goutte et les goutteux, publié en 1926... Toujours est-il que les poitrinaires et grandes amoureuses évoquées par Cabanès sont Marie Duplessis, la Dame aux Camélias, l'Elvire de Lamartine, Julie de Lespinasse, la Mimi d'Henri Murger et la comédienne et Rachel.
Une des illustrations représente cette dernière sur son lit de mort. On doit la gravure au peintre Frédérique O’Connell, qui avait fait un célèbre portrait d'elle et l’imagina juste après sa mort (survenue dans la nuit du 2 au 3 janvier 1858). Pour l'anecdote, signalons que la chose ne fut pas du goût de la famille de Rachel, qui intenta un procès à l'artiste et le gagna. Et pour la bonne humeur, on livre ici un petit aperçu de la prose ce cher Dr Cabanès, qui n'y va pas avec le dos de la cuillère

À l'approche du trépas, son regard s'illumina, son front était radieux, mais cet éclat fugitif n'était que la dernière lueur d'une flamme qui va s'éteindre ; quelques minutes plus tard, Rachel entrait dans l'éternité.
Au moment où elle expirait, on nota un de ces phénomènes météorologiques qui, selon les préjugés populaires, accompagnent la fin des héros de l'humanité. La pluie, une pluie torrentielle, que l'état du ciel n'avait pas laissé présager, vint subitement frapper les contrevents de la chambre mortuaire.
D'aucuns verront là une coïncidence singulière, bien qu'en somme assez naturelle ; combien plus poétique et plus touchante cette croyance, qu'un semblable rapprochement atteste, que les anges pleurent en accueillant au milieu d'eux la personne qui vient de mourir.
Les amateurs de légendes ne s'en sont pas tenus là ; Rachel était devenue l'idole de la contrée ; le jour de sa mort, des voisins aperçurent, ou crurent apercevoir, quelques flammes s'élever au-dessus de la villa qu'elle habitait. Pour ces esprits simples, il n'y avait pas de doute : c'était l'âme de l'artiste qu'ils avaient vu s'envoler aux cieux.


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