Revue Minuit




commentaire : un jour, sans qu'on sache trop exactement pourquoi, on se met en tête de collectionner tel auteur, telle collection, telle revue (lubie qu'on peut évidemment élargir à la musique et à tout ce qu'on voudra). Cette quête fétichiste tourne chez certains à l'obsession, au trouble monomaniaque, qui envahit l'existence du sujet et celle de son entourage et se révèle parfois ruineuse. À la névrose dispendieuse, on a préféré les chemins capricieux du hasard, plus guillerets et plus économiques.
C'est ainsi qu'on vient d'acquérir sur eBay pour une bouchée de pain un lot de la revue Minuit, lot au sein duquel figurent les trois premiers numéro de cette publication. On l'aura compris, on s'est mis en tête de réunir la collection complète des Minuit. Il y eut cinquante numéros. La revue fut créée en 1972 et vécut jusqu'en 1982. D'après ce que l'on sait, Jérôme Lindon en confia les rênes à Tony Duvert en 1976, et c'est Mathieu Lindon, le fils de JL, qui en récupéra la direction peu après. Au sommaire du numéro un, on a droit à Tony Duvert, Samuel Beckett, Pierre Bourdieu, Robert Pinget, Alain Robbe-Grillet, Didier Coste et Sergio Fernandez (et dans le numéro suivant on a entre autres le tandem Deleuez-Guattari ou Monique Wittig). C'est évidemment très "Minuit". Par la suite, la revue s'ouvrira à de nouveaux auteurs qui, pour certains, deviendront des habitués de la maison. Trois illustrateurs, parfois présents au sein de la revue elle-même, signeront toutes les couvertures : Michel Longuet, Ramon Alejandro et Martin Vaughn-James.
Ce qui est plaisant, dans cette revue, c'est son côté succursale d'éditeur ; son rôle de laboratoire ; la diversité des signatures qu'on y trouve ; la variété des styles, aussi (même si cela dépend des livraisons) ; les premières apparitions de noms qui vont rester... et de ceux qu'on ne va plus revoir. Et puis, avouons-le, on s'amuse de voir le coup de vieux terrible que prennent souvent les avant-garde auto-proclamées, avec ces auteurs qui se croyaient obligés, par exemple, de balancer de gros pavés sans ponctuation ni paragraphes (il faudrait un jour énumérer les tics de l'époque...) pour faire moderne. Près de quarante plus tard, c'est assez réjouissant.

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