Éric Laurrent - Les Découvertes




commentaire : il nous semble, mais peut-être fait-on erreur, avoir découvert Éric Laurrent à l'occasion de son passage dans l'émission littéraire que Frédéric Beigbeder anima de 2001 à 2003 sur Paris Première - Des livres et moi. Si l'on n'a pas rêvé ledit passage, cela devait se passer en 2002, pour la sortie de son sixième livre, Ne pas toucher. Depuis, on attend avec impatience chaque parution de l'auteur, qui se fend d'un ouvrage tous les deux ou trois ans, toujours aux Éditions de Minuit. Par curiosité, on est allé jeter un coup d'oeil que lui consacre Wikipédia : elle ne donne pas forcément envie d'aller vers les livres, ou alors  à reculons.

Son œuvre, entamée en 1995 avec Coup de foudre, se distingue d'autres œuvres de la génération postmoderne par un style que l'on pourrait qualifier de maniériste ou de baroque. Comme d'autres auteurs postmodernes, Éric Laurrent pratique abondamment l'intertextualité, utilisant chacun de ses romans non comme une réécriture d'une œuvre classique, mais bien davantage comme un hommage burlesque au patrimoine littéraire mondial. Ainsi, par exemple, le cocasse roman d'espionnage Les Atomiques, son deuxième roman (1996), joue sur une relecture de la Divine Comédie de Dante. L'intertextualité peut, dans certains cas, relever davantage de l'intermédialité, comme dans le cas de son premier roman, construit autour de la présence en creux du tableau la Naissance de Vénus de Botticelli.

Sous des oripeaux jargonnesques, cette notice ne dit pas que des bêtises - notamment sur le style baroque d'Éric Laurrent (c'est sa "marque de fabrique" la plus évidente - avec ses mots rares, ses tournures archaïques, ses phrases interminables entrecoupées de parenthèses en tout genre et, dans ce livre, trois très longues notes, une nouveauté ) et son utilisation de la littérature de genre. Toutefois, elle (la notice) date un peu. Car depuis quelques années, l'auteur a introduit dans ses livres une dimension autobiographique qui leur donne, à notre sens, un charme supplémentaire : on n'est plus simplement dans le jeu littéraire, aussi brillant et réjouissant soit-il. Ici, dans ces Découvertes, roman autobiographique ou autobiographie romancée (au choix), il est question de l'éveil au corps, à la sensualité et au plaisir d'un enfant, puis d'un adolescent dans les années 1970 - parcours initiatique (glissement progressif vers le plaisir) qui se fait à travers quelques figures bien réelles, mais aussi une série d'images donnant lieu chaque fois à de véritables épiphanies.
On avoue avoir un faible pour le passage narrant la découverte de Jolanta von Zmuda, à travers un poster aperçu dans l'atelier de ferronnerie du père du jeune narrateur, poster issu du numéro de mars 1977 du magazine Penthouse. Outre le pseudonyme invraisemblable de la belle (née Jolanta Duchi en 1956 à Gdansk), qui nous a réjoui, outre le passage lui-même, typique d'Éric Laurrent, cela nous a ramené à de lointains souvenirs personnels - que l'on gardera évidemment pour nous.

Nommée (ou plus vraisemblablement renommée, en vertu de la tradition voulant qu'une femme n'exhibe ni ne vende jamais ses charmes sous son état civil, mais sous un pseudonyme, dans lequel il n'est pas interdit de voir un dernier vestige de sa pudeur), nommée Jolanta von Zmuda, la pin-up que sa double page centrale représente est assise, jambes écartées, sur un fauteuil de bois, de style curule, au siège recouvert d'un coussin de velours bleu nuit, vaguement élimé ; la revêtent un corsage de jersey blanc, ajouré et brodé par endroits, retroussé au-dessus de la poitrine, et une paire de bas opaques de même couleur ; le visage légèrement incliné, tourné de trois quarts et à demi caché par une chevelure mi-longue et bouclée, d'un châtain rehaussé de reflets blond vénitien, elle baisse le regard vers son sein droit, dont le majeur d'une de ses mains, aux ongles vernis de rouge, effleure le mamelon, tout en se caressant le gauche de l'autre main.
Néanmoins, pour l'enfant que j'étais encore, le détail le plus saisissant résidait naturellement ailleurs : au bas de son ventre, tranchant sur la marque triangulaire de son maillot de bain, qui étendait sa pâleur des hanches jusqu'au périnée et l'enveloppait comme d'une nimbe, frisottait une toison follette et sombre, dans la partie inférieure de laquelle saillaient et s'étiraient les flexueuses et roses froissures des grandes lèvres. 






Commentaires

  1. Un cordial merci pour le dispositif texte/image.

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  2. Le Prix Virilo ne peut rester indifférent au nouvel ouvrage d'Eric Laurrent.

    Lire notre chronique ci-dessous :

    http://prixvirilo.com/2011/10/21/les-decouvertes-deric-laurrent/

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  3. Et l'éditeur singulier ne reste pas indifférent au Prix Virilo...

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