Roger Allard

À l'oasis

À l'inverse du dieu que les sables d'Egypte
Sous les rais du soleil ont ouï résonner
Quand la nuit vraie ou fausse ouvre pour moi sa crypte
J'y délivre parfois des chants emprisonnés.

J'ai dîné d'un croissant trempé de café crème
Au bar qu'Amenophis bâtit place Clichy
Le mur de céramique y conte le poème
D'une reine au profil de palmes rafraîchi.

La femme que j'attends ressemble à Cléopâtre
Et sa poitrine d'ambre est promise à l'aspic,
Mais c'est l'heure où le vieux sergent devenu pâtre
Expulse les troupeaux de son jardin public.

Laissons au cinéma l'Afrique avec l'Asie
La boucle du Niger et les palais d'Anghor !
Qu'une dernière fois mes yeux se rassasient
De la flamme de chair qui danse sans décor :

La chambre Touring-Club et les hôtels de gares
Pour les désirs traqués ont d'étranges douceurs
Et la volupté même avoue un goût bizarre
Pour les bruits d'eau, de téléphone et d'ascenseurs.

Miroirs sans lendemain, lavabos sans mystère,
Reposoirs des amants errants sans feu ni lieu,
Boudoirs des voyageurs, divans des adultères,
C'est ici qu'à l'amour je viendrai dire adieu.

commentaire : dans un vieux numéro de la Nouvelle Revue Française (1er janvier 1927, avec au sommaire, tout de même, les prépublications du Voyage au Congo de Gide et du Temps retrouvé de Proust), on est tombé sur quelques poèmes d'un parfait inconnu, dont celui-ci qui nous a évoqué Pierre de Régnier, Valery Larbaud, Jean de La Ville de Mirmont ou Henry Jean-Marie Levet. On a envie d'en savoir plus sur un poète qui balance des alexandrins tels que ce J'ai dîné d'un croissant trempé de café crème aux accents houellebecquiens...

Commentaires

  1. "Quand la nuit vraie ou fausse ouvert pour moi sa crypte" ? Ce ne serait pas plutôt "ouvre" ?

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