Éric Neuhoff - Mufle



commentaire : dans l'environnement qui est le nôtre, on a fréquemment droit à un haussement de sourcils (comme si on avait dit un gros mot), voire un frémissement de narines (comme si une odeur désagréable empestait soudain l'air) quand on avoue être un inconditionnel, ou peu s'en faut, d'Éric Neuhoff. On s'en contrefout, évidemment. On aime son style incisif, scalpelisé, qui sème ici et là des petits bijoux de phrases, ciselées avec art et esprit. L'esprit, justement, ce truc vaguement anachronique, en voie de disparition, fait aussi le charme de Neuhoff. Son Mufle, petit format écrit gros, se lit en une ou deux soirées au plus. C'est l'histoire d'un quinquagénaire neuhoffien qui découvre que sa (jeune) compagne le trompe. Il vit ça très mal, sombre dans la dinguerie, décide de rompre, vit ça très mal, sombre dans la dinguerie... puis passe à autre chose. C'est drôle et désespéré, forcément nostalgique, parfois très féroce. Plus le livre avance, et plus il semble prendre corps, comme un bon vin qui a besoin de s'oxyder pour mieux s'ouvrir et se donner dans sa plénitude... On ne va pas chercher à convaincre les rétifs aux bouquins de Neuhoff de mettre le nez dans celui-ci. Les autres, en revanche, ne seront pas déçus.
On se rappelle soudain que Les Insoumis inaugurèrent ce blog

Addendum : on suggère un coup d'oeil ici.

Commentaires

  1. J'aime bien l'entendre au Masque et la Plume, où il joue les électrons libres. Il me fait souvent rire ; tantôt j'abonde dans son sens, tantôt j'ai envie de lui foutre des baffes - bref, la relation saine et normale avec un critique de cinéma. Cela fait un moment que j'ai envie de voir ce que ça donne à l'écrit. Un titre à recommander pour commencer ?

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  2. Chez Neuhoff, sous l'humour et l'apparente désinvolture, il y a un vrai désespoir - certains diraient un soft despair - déjà sensible dans ses premiers articles et romans publiés au début des années 80. J'ai particulièrement apprécié sa "Lettre ouverte à François Truffaut" (Albin Michel), "Un Triomphe" (La Table Ronde et réédité il y a deux ans) et "Les hanches de Laetitia". Son essai sur Michel Déon (éd. du Rocher) est un peu le manifeste de cet héritier lucide des hussards, même si Déon déteste l'appellation.
    http://bscnews.fr/201201182027/Les-Grandes-Interviews/michel-deon-q-ce-que-vous-ecrivez-a-20-ans-parait-debile-a-90-ans-q.html

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  3. C'est vrai que je recommanderai plutôt à th le versant cinéma des livres de Neuhoof, avec en premier La Lettre ouverte à Truffaut. J'avais bien aimé aussi Histoire de Frank, sur Sinatra.

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