Robert Wyatt / Frank Venaille



commentaire : on vient d'acquérir le numéro 8/9 de la revue Chorus (septembre 1972), fondée à la toute fin des années 60 (1968) par Franck Venaille et Pierre Tilman, notamment, et dans laquelle on croisait entre autres Jacques Monory, Peter Klasen, Jean Le Gac ou Christian Boltanski. On y a trouvé page 100 ces deux photos, publiées sans la moindre indication, sur lesquelles on croit reconnaître Robert Wyatt. Ce qui nous a ramené à cet article de Frank Venaille publié dans le numéro 3 de la même revue, en 1969, compte-rendu d'un concert de Soft Machine au Bataclan (le 25 juin, si on en croit le site de référence, avec au même programme les Martin Circus et Triangle). On trouvera ici un formidable article de Philippe Paringaux consacré au même concert, paru dans le Rock & Folk d'août 1969, mais on avoue un faible pour le texte habité et poétique de Venaille.


À deux heures du matin, six bras maigres mettent la machine en marche et balaient les dernières séquelles de la réalité qui pourraient encore se trouver dans la salle. Pendant une heure - et rien qu'une heure - ROBERT WYATT (drms), MIKE RATLEDGE (o), BRIAN HOPPER (bs) ouvriront toutes grandes les portes sur autre chose. Mais comment dire l'océan, la beauté fulgurante des femmes, le sortilège d'une voix luciférienne ? Comment dire l'âme, la passion, la magie de ce groupe qui se situe quelque part sur la carte entre la Pop music mystique et le Free jazz? Avec la SOFT MACHINE la beauté entre en scène comme une strip-teaseuse. Quelles •vêpres, quel meeting diront ce que la machine a suggéré en une nuit ? Plus que de la violence, mieux que de la virtuosité, naît là une chose étrange que nos yeux, nos oreilles rendent encore informe mais qui a pris place sous la beauté psychédélique des projections. Et qui existe. Et qui bat neuf comme un coeur transplanté. A quatre heures du matin, sur le sinistre boulevard Voltaire, les enfants déguisés du BATACLAN ressemblaient aux pêcheurs du petit jour de « La Dolce Vita » qui découvrent sur la plage le monstre que la marée y a déposé. Et là, chacun dans sa solitude glaciale doit trouver un nom à cette voix qui a mal et appelle... F.V.



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