Plus beigbederien que Beigbeder


Portrait du comte Saint-Gênois d'Anneaucourt, par Christian Schad (1927)

commentaire : on est (re)tombé sur ce pastiche beigbederien signé d'un ami et déjà publié il y a quelques années dans un précédent (et éphémère) blog anéanti dans un geste d'humeur. Il nous fait toujours autant rire. On ne résiste évidemment pas à la tentation de le reproduire. L'auteur ? On dira simplement qu'il s'est fait appeler pour l'occasion Bernard d'Auguis.


Jeudi 13
J’ai dîné au Rouleau de Printemps, le meilleur restaurant asiatique de la vallée de Chevreuse (19, rue du Facteur-Cheval, à Bures-sur-Yvette), avec une belle brune, je l’ai ramenée chez moi, nous avons fait l’amour et je l’ai mise dehors à 4 heures du matin.

Vendredi 14
Je suis invité à Tout le monde en parle. Avant l’enregistrement, je papote avec Onfray, qui est là pour un bouquin sur le vin. Il prône l’ivreté, un état intermédiaire entre la lucidité et l’ivresse. Je lui dis que j’aime les jolis mots. L’index levé, il précise : « C’est dans le Littré ». Nous parlons de José Bové, de commerce équitable, de tripes (il enseigne à Caen). De fil en aiguille, nous nous retrouvons en train d’évoquer le roi Arthur. Je lui cite David McNeal : « Dans la quête du Graal, ce qui compte, ce n’est pas le Graal, c’est la quête. » Onfray prend un air extasié : « Comme c’est beau ! s’exclame-t-il. Je ne savais pas que c’était de lui. » Je ne suis pas peu fier d’avoir bluffé un érudit comme Onfray. Enfin, on m’appelle sur le plateau. En face de moi, trois comédiennes débutantes — on aurait dit jadis des starlettes — furieusement décolletées : les trois plus belles paires de nichons que j’aie jamais vues. Après une discussion d’une demi-heure avec Onfray, je suis chaud. J’arrive à parler littérature sans bafouiller. Pour conclure, Ardisson me dit : « Au fond, tu ne peins pas l’être, tu peins le passage. » C’est exactement ça ! Je reste sans voix.

Mercredi 28
En sortant des Bains, je remonte le boulevard de Sébastopol à pied pour me dessaouler avant de reprendre ma voiture. Une petite pute m’aborde. Elle ressemble à Kate Moss. Une Kate Moss qui serait timide et pas camée ; une Kate Moss d’avant Pete Doherty. Je tombe amoureux illico. Elle me prend par la main et m’entraîne sous une porte cochère. C’est vingt euros la pipe. Je lui donne un billet de cinquante. Ça servirait à quoi d’avoir un bouquin en tête des ventes si ça n’était pas pour être princier avec les petites putes qui ressemblent à Kate Moss ? Elle examine le billet d’un air soupçonneux, le lisse, le plie, le range soigneusement dans la poche arrière de son jean. Ensuite, seulement, elle m’essuie le gland avec un Kleenex, s’agenouille et commence à me sucer. Je bande mou. L’alcool donne des idées mais ôte les moyens, c’est bien connu. Je lui demande de me caresser les ballustrines — en général, ça marche. Elle s’énerve. Elle me griffe. Je m’écrie : « Aïe ! La conne ! » Elle s’arrête et me regarde. La bouche et les yeux sont ronds de stupeur. Tout compte fait, elle ne ressemble pas à Kate Moss jeune. C’est une maigrichonne avec des cheveux filasse, une vilaine peau, des cernes. En fait, elle ressemble à Kate Moss aujourd’hui. Aussi brusquement que je l’avais aimée, je cesse de l’aimer. C’est Alphonse Allais, je crois, qui avait inventé le principe de la fable expresse. Moi, j’ai des passions éclairs. Tout Un Amour de Swann en un clin d’œil. Tout Tristan, du prélude à la mort, en cinq minutes. Tous les émois de Des Grieux en deux temps et trois mouvements. Les Confessions d’un enfant du siècle en cinq sec. Il n’y a qu’une chose qui soit pire que de trop aimer, c’est de ne pas aimer assez.

Mardi 34
Hier, à la télé, une énième soirée Coluche. Dans un sketch, il subit les jérémiades d’un mec avec un gros menton. « Tu te laisses pousser la barbe, tu la coupes court, lui recommande-t-il, et hop ! personne sait ce que ça cache. » Ça m’a donné une idée.

Mercredi 35
Avant d’utiliser « ivreté », j’ouvre mon Littré. Pas plus d’ivreté que de beurre en broche. Entre ivresse et ivrogne, il n’y a rien. J’ai bien fait de vérifier. Onfray ne croit pas en Dieu mais il croit sur parole quelqu’un qui lui dit qu’ivreté se trouve dans le Littré. Au fond, je suis plus critique que lui.

Jeudi 36
Mon succès fait des jaloux. Mes ennemis sont désormais de mauvaise foi. Je suis oiseux, paraît-il, bas de plafond, que sais-je encore ? Marre des coups bas !  Marre des coups bas !… Je me dis : Tiens, je vais aller à Bakou ! Sous prétexte d’enquêter sur la dolce vita au bord de la Caspienne, je me fais payer le voyage par Voici. Et c’est comme ça que je me retrouve dans une discothèque ringarde à l’enseigne du Novi Mir (4bis, rue Mazzepa), en train d’écluser des litres de vodka en compagnie d’un sosie de Kate Beckinsale, prénommée Nathalie, et qui tient l’alcool encore mieux que moi. Je dois être fin saoul, car tout à coup j’ai l’impression de voir entrer le sosie de Shirley bras dessus bras dessous avec le sosie de Dino. Je me dis qu’un sosie de Patrick Sébastien ne doit pas être loin et je le cherche des yeux, mais je ne le vois pas. Et ma stupeur redouble quand je me rends compte que ce ne sont pas des sosies, mais les originaux ! Et Dino m’a reconnu. Le sourire gominé, le cheveu ahuri, il vient vers moi. Je me carapate par l’issue de secours. Je suis venu sur les bords de la Caspienne pour fuir les casse-pieds !

Samedi 37
Retour d’Azerbaïdjan. Il paraît qu’Onfray raconte partout qu’il s’est foutu de ma gueule avant l’enregistrement de Tout le monde en parle, et que je ne me suis rendu compte de rien. Il ne s’est pas regardé avec son « ivreté » ! « De même qu’il y a des jeunes qui sont vieux et des vieux qui sont jeunes, il y a des intelligents qui sont sots et des sots qui sont intelligents, » m’a dit Yann Moix pour me consoler. Merci, Yann, ça va beaucoup m’aider.

Vendredi 38
J’ai dîné chez Lipp avec une belle excentrique à cheveux verts, je l’ai ramenée chez moi, nous avons fait l’amour et je l’ai mise dehors à 5 heures du matin.

Lundi 43
Parmi un colis de livres neufs — service de presse — je trouve une thèse sur la musique de la Renaissance par un certain Philippe Beaussan. J’aurais préféré un bouquin sur l’école de Birmingham, mais bon ! Je feuillette. Il y est question de Monteverdi… Ça me rappelle une trouvaille de Sollers : « La musique de Monteverdi monte et verdit » Et, tout à coup, en exergue du bouquin, que vois-je ? « Je ne peins pas l’être, je peins le passage. » C’est de Montaigne ! Pour une fois qu’Ardisson disait quelque chose de vraiment bien, c’était piqué. Dommage. La prochaine fois que je le croise dans une boîte à partouze, je lui en reparle. Ça m’étonnerait qu’il bande encore après ça.

Mardi 44
Je déjeune à la Rotonde avec Eléna, mannequin nordique. En fait, elle est née Porte d’Italie, mais elle s’appelle vraiment Eléna et elle a vraiment l’air nordique. Elle a tourné dans un porno lesbien en Allemagne alors qu’elle était encore mineure. Elle m’a promis de me donner une copie de la cassette. Une demi-douzaine de bonnes branlettes en perspective. Je lui ai dit : « Heureusement qu’il n’est pas sorti en France, ton film. Je dis ça pour l’avenir de ta carrière de top model. » Elle m’a répondu : « Et Catherine Ringer ? Tu crois que ça l’a empêchée de réussir ? »  Pour l’instant, Eléna n’a encore rien fait, sauf une série de photos de soutifs pour le catalogue de La Redoute. C’est vrai qu’elle a de quoi les remplir. A l’autre bout de la salle, Daphné Rouiller, pardon ! Roulier (elle y tient beaucoup) est avec quelqu’un que je ne vois que de dos, mais qui pourrait être Antoine de Caunes. A ma droite, un ancien chanteur disco bisexuel en compagnie d’une pouffe avec toute la panoplie : faux cheveux jaunes longs et torsadés, bouche d’ornithorynque, nichons comme des zeppelins — et ça de fond de teint et d’anticernes pour réparer du temps l’irréparable outrage, comme dit Robert Sabatier ; à ma droite, le commissaire Navaro avec une brune, la cinquantaine, pas apprêtée, toute de gris vêtue, qui fait jeunette à côté de lui. Eléna me montre du doigt la pouffe du vieux chanteur à voile et à vapeur et ricane : « Il vaut mieux être seul que mal accompagné. » « Pour la plupart des gens, il vaut mieux être mal accompagné que seul, » répliqué-je. Roger Hanin, à la table voisine, ponctue : « Et toc ! »

Lundi 66
Depuis hier, j’héberge Françoise, une ex plus très fraîche. Mais elle fait bien les pipes et les œufs brouillés.

Mardi 67
J’ai déjeuné avec Houellebecq. Il fourmille d’idées géniales, mais je ne peux pas vous dire lesquelles, car son élocution est de plus en plus confuse. J’ai quand même compris qu’il préparait un film et qu’il y aurait des scènes olé olé. A tout hasard, je lui ai donné le numéro de portable d’Eléna.

Mercredi 68
La présence de Françoise commence à me peser.

Jeudi 69
Ce matin, sans crier gare, Françoise a pris ses cliques et ses claques. Le plus curieux, c’est que ça ne me réjouit pas autant que j’aurais cru. En fait, elle me manque. Avec les femmes, il n’y a qu’une chose qui soit pire que la présence, c’est l’absence.

Vendredi 70
Coup de fil d’Eléna. Elle a rencontré Houellebecq pour un bout d’essai. Elle m’a dit : « Il est cinéaste ou gynécologue, ton copain ? » Elle est fine, je l’avais sous-estimée. Dès qu’une fille est plus jolie que la moyenne, c’est en pure perte qu’elle a de l’esprit.

Samedi 71
Françoise est revenue. J’ai retrouvé les œufs brouillés et le reste. Ça ne me réjouit pas autant que j’aurais cru. Avec les femmes, il n’y a qu’une chose qui soit pire que l’absence, c’est la présence.

Mardi 76
J’ai dîné au resto de Jean-Luc de la street avec une ancienne danseuse du Crazy. Ensuite, nous sommes allés à La Bête à deux dos, une nouvelle boîte échangiste dans le quartier des Halles (543, rue d’Azincourt). Ça n’a pas manqué : j’y ai rencontré mon Ardisson. Je lui ai dit pour Montaigne. Peu après, je l’ai vu besogner une petite brune boulotte avec des quantités incroyable de cellulite qui lui débordait des Dim-up. Ça ne l’empêchait pas de bander comme un chevreuil. Ce type a toute honte bue !


Mercredi 77
J’ai dîné au Crillon avec une belle blonde, je l’ai ramenée chez moi, nous avons fait l’amour et je l’ai mise dehors à 4 heures et demie du matin.

Jeudi 78
J’ai dîné chez Maxim’s avec une belle Black, je l’ai ramenée chez moi, nous avons fait l’amour et je l’ai mise dehors à 4 heures vingt-cinq du matin.

Vendredi 79
J’ai dîné au Flore avec deux sublimes jumelles eurasiennes, je les ai ramenées chez moi, nous avons fait l’amour et je les ai mises dehors à 4 heures et quart du matin.

Samedi 80
J’ai dîné à L’Ambroisie avec une belle rousse, je l’ai ramenée chez moi, nous avons fait l’amour et je l’ai mise dehors à 3 heures vingt du matin.

Dimanche 81
J’ai dîné au Fouquet’s avec une belle brune, je l’ai ramenée chez moi, nous avons fait l’amour et je l’ai mise dehors à 5 heures moins dix du matin, etc. 

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