A. J. Liebling - Bon vivant !



commentaire : c'est aujourd'hui que sort ce Bon vivant !, traduit par nos soins et publié à La Table Ronde. La couverture, que l'on adore, est signée Jean-François Martin, et l'ouvrage est préfacé par James Salter, rien que ça - Salter avait une grande admiration pour Abbott Joseph Liebling. 

Né en 1904 et mort en 1963, Liebling fut une des grandes plumes du New Yorker des années 30,40 et 50. Il travailla aussi, entre autres, pour le New York Times. Correspondant en Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale, il écrivit sur tous les sujets, avec une prédilection pour le sport (et tout particulièrement la boxe), les médias, mais aussi la gastronomie et les bons vins. Son style, sa liberté d’esprit et sa personnalité originale ont inspiré de nombreux journalistes et romanciers. Between Meals, an Appetite for Paris (titre original de Bon vivants!) est le dernier livre publié de son vivant, compilant ses souvenirs sur Paris et la cuisine française. Resté jusqu’ici inédit en français, il est considéré comme un classique du genre aux États-Unis. Comme le dit James Salter dans sa préface, il « a sa place sur la même étagère que Paris est une fête, auquel il peut être raisonnablement comparé ». Avis confirmé par Jay McInerney, selon qui « ce recueil de souvenirs parisiens supporte très bien la comparaison avec Paris est une fête d’Hemingway ». Il y voit « son œuvre la plus accomplie, la plus lumineuse et la plus intemporelle ». 

1926. A. J. a 22 ans et termine ses études de journalisme lorsque son père lui propose d’aller passer une année en France, à Paris. Le jeune homme accepte. Qui ne sauterait pas sur l’occasion d’aller découvrir cette ville magique, où tout semble permis et où le monde entier s’est apparemment donné rendez-vous ? Une fois sur place, alors qu’il était censé suivre des cours de littérature médiévale à la Sorbonne, Liebling va se diriger vers d’autres « disciplines » : les femmes, mais aussi et surtout la cuisine et les vins français. Il passe sa vie dans les restaurants, à chercher les meilleures adresses, à éplucher minutieusement les menus et cartes des vins, à s’initier aux mille et une subtilités de la gastronomie.

Cette année d’apprentissage, qui inaugure une longue histoire l’amour avec Paris, la France et sa gastronomie, est le coeur de Bon vivant !, où plusieurs Paris s'entrecroisent, celui avant la Première Guerre mondiale (Liebling était enfant), puis celui de 1926, et ceux de 1939 (pendant la drôle de guerre), 1946 et des années 1950 et 1960. Le regard journalistique et romanesque de Liebling, sa réjouissante gourmandise, sa vaste culture, le don qu’il a d’aller là où on ne l’attend pas forcément… tout cela donne un ensemble sans pareil, servi par un style riche et précis qui reste étonnamment moderne. La gastronomie, les restaurants, le vin sont au cœur du livre, avec des descriptions précises et imagées, réjouissantes, des repas pantagruéliques d’un autre temps, des restaurants comme on n’en fait plus, des portraits de bons vivants peu soucieux de leurs diabètes et de leurs cholestérol... Liebling se révèle en même temps un fin analyste de la cuisine et livrant des théories tout à fait pertinentes sur tel plat ou telle viande ou tel vin.

On est un peu long, mais on a pris un immense plaisir à traduire cet écrivain journaliste hors-pair, doué d’une grande culture, d’un regard affûté, d'un réel sens du détail, doté aussi d'une verve et d'un humour qui irriguent en permanence son texte.    




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