Emplettes



commentaire : Le volume que Patrick Mauriès fit paraître au Promeneur en 2000 sous le même titre  - Minute d'un libertin - est une version augmentée du livre qui sortit en 1977 à La Table Ronde, et sur lequel on est donc tombé, en compagnie de deux autres des titres de Sentein publié par PM. Il ne nous manque que les Minutes d'un libéré pour avoir la série complète. Les livres se trouvaient au milieu d'une quantité de vieux livres tout juste débarqués chez un de nos “fournisseurs”, une bibliothèque très maurrassienne - avec quelques titres limite limite... - qu'on a laissée à ceux que cela intéresse. 


« François Sentein fut le témoin vigilant, ironique et précis d'une époque troublée, les années quarante. Il le fut avec une discrétion proche de l'invisibilité, sauvegardant - sait-on jamais ? - pour un lecteur futur les minutes du moment.
Cocteau, Montherlant, Max Jacob, Paul Valéry, Fraigneau ou Blondin furent ses interlocuteurs privilégiés. Il les considérait avec admiration et lucidité, ne s'aveuglant pas sur leurs travers, tout en étant pleinement conscient de leur importance littéraire, de la valeur de styles par définition irréductibles.
Les plaisirs du sport et le souci de la langue, les déambulations dans Paris et le retour vers les terres natales du Sud-Ouest, une volonté de réaction, avouée, l'enracinement dans un Languedoc «blanc» et maurrassien que l'on ne manquera pas de discuter, caractérisent, selon les mots de Blondin, ce «petit Occitan farouche, éperdu de pierres et de chairs également ensoleillées ; une sorte de mouton noir, trop intelligent et sarcastique pour être engagé».
Ce libertaire rigoureux, ce jouisseur ascétique fait aussi la rencontre au cours de ses pérégrinations d'un certain “Corneille”, ainsi dénommé pour son aptitude à dérober une édition originale de l'auteur classique. Il s'agit de Jean Genet dont le surgissement, et la progressive affirmation comme écrivain, ne sont pas l'une des moindres surprises de ces pages. » (texte de présentation de Patrick Mauriès)



« Publiant tel quel son Journal de bachelier ardent durant les années charnières 1938-1941, François Sentein laisse éclater que le bonheur est essentiellement libertaire et rigoureux. Minutes d'un libertin : le titre est beau, un peu énigmatique comme son auteur...
Au départ, on trouve un petit Occitan farouche, éperdu de pierres et de chairs également ensoleillées ; une sorte de mouton noir, trop intelligent et sarcastique pour être enragé.
Nous suivons ici un très bel itinéraire spirituel qui se parcourt comme le roman le plus charnu. Quand un garçon se dit que son intelligence occulte parfois sa sensibilité (autrement dit : "mon cerveau me tombe sur les yeux"), il n'est pas sur la mauvaise voie. Désormais ce jouisseur ascétique, ce stylite intermittent peut trimbaler sa colonne un peu partout. Et d'abord à Paris, ville des libertés où il lui suffit de se trouver pour être heureux d'un rien, mais ce rien recouvre une exigence constante...
Chez Sentein, les lectures les plus rares sont toujours à portée de la main. Mais ce rat de bibliothèque, c'est Mickey Mouse dédaignant les fromages pour creuser les galeries d'un superbe livre de raison. » (Antoine Blondin à propos des Minutes d'un libertin)


Dans le même “arrivage”, celui-ci a attiré notre attention - bien qu'on ne soit pas vraiment lecteur de Nimier ni de Chardonne. Si Chardonne adressa bien les lettres qui composent ce volume à Nimier, il ne lui envoya pas. Nimier ne les lut qu'à la publication du livre. Lequel est apparemment un objet assez hybride, entre le roman (certaines lettres suivent quelques personnages dans une petite station de ski près de Megève) et l'essai (d'autres lettres offrent des jugements littéraires, des réflexions sur le style, etc.)  - principe original et assez séduisant.


Là aussi, on pourrait parler de “principe original et assez séduisant” : c'est un “roman en images” et présenté comme le scrapbook d'une jeune Américaine des années 1920, les roaring twenties. Pour composer son livre, l'auteur a travaillé à partir d'une importante masse de documentation de l'époque (photos, cartes postales, journaux, magazines, etc.) . Bonne idée donc, mais le bouquin semble un peu longuet, et le choix d'un papier cheap et du noir et blanc est regrettable.



On a toujours été fasciné par ce titre, dont on a compris enfin l'origine en lisant ce livre dont ne sait trop quoi penser. Chef d'oeuvre ou grand n'importe quoi ?


Là, sur cette nouvelle de quelques dizaines de pages à lire d'une traite ou presque, on croit pouvoir affirmer qu'on tient un petit chef d'oeuvre.

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