Papier cristal (3)



Pour continuer notre petite exploration dans l'univers du papier cristal, voici quelques lignes de Jean Clair qui racontent assez bien cet exercice consistant à couvrir des livres, exercice où l’on est agréablement seul avec soi-même… et ses livres, justement. Intitulé Plis et pneus, le texte fut publié dans la Nouvelle Revue Française de juin 1988 et repris ensuite dans Le Voyageur égoïste. En voici un passage :

« (…) Passé la soirée à couvrir des livres. Cette tâche modeste et répétitive a la vertu des occupations ménagères. Elle calme l’esprit, en le ramenant à l’essentiel. On couvre des livres comme on plie des draps, repasse des chemises, range un placard. Un ordre des choses s’installe ou se confirme dans lequel on trouve sa paix. Je me souviens, à Bruxelles, de ma surprise à découvrir la bibliothèque de R.M. Tous les livres, rangés soigneusement par ordre alphabétique, étaient recouverts de papier cristal. Sur une petite table, un paquet d’ouvrages, fraîchement arrivé, attendait son tour ; deux ou trois rouleaux de papier délicatement pliés, d’abord en deux puis en quatre, seraient découpés avec soin, et viendraient recouvrir un par un les volumes. Il y aurait ce plaisir si particulier à replier les rabats et les lisser d’un coup d’ongle, cet autre plaisir à trancher la petite languette qui, en haut et en bas du plat-dos, viendrait se glisser sous la couverture de papier, plaisir encore à ajuster avec la minutie d’un artisan la feuille du papier cristal et l’épaisseur du livre, à faire s’accorder le luisant de l’un avec le mat de l’autre. Toute une manucure, une cosmétique, une esthétique, une microclinique improvisée de soins de beauté où l’on prendrait soin des livres avec la même attention et le même amour qu’ailleurs on traite de la peau et des poils. (…) »

Autre extrait, qui provient celui-ci du blog que tenait l'écrivain Dominique Autié. Ledit blog est toujours en ligne.

« (…) Je trouve, sur les marchés aux livres et chez les bouquinistes, des exemplaires recouverts de cristal. Les libraires d'ancien procèdent de moins en moins à ce soin – que d'aucuns jugeront relever de la thanatopraxie – avant de remettre en circulation le volume (manque de temps, pénurie du matériau – voir infra). De sorte qu'il s'agit, le plus souvent, d'un cristal marqué par le temps, par l'usage : une patine, rarement une décrépitude. Je m'étonne toujours des innombrables modes de pliage de la feuille de cristal utilisés. Au point, me semble-t-il, que chaque lecteur, chaque libraire, applique une méthode qui lui est propre. Cela est particulièrement sensible dans la façon de préparer les coiffes (le rempli, en tête et en pied, qui libère les rabats pour l'intérieur des plats de couverture et qui habille, en les consolidant, la partie supérieure et la partie basse du dos. Comme on fait son lit… (…) »

La suite, et ce qui précède, ici.

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