Sacha Guitry prête ses livres



commentaire : Dans Le Hérisson vert (La Table Ronde, 1970), l’acteur et chansonnier Pierre-Jean Vaillard rapporte deux anecdotes où il est question de Sacha Guitry et de la question délicate du prêt des livres.

Vaillard raconte ainsi que Sacha Guitry « avait prêté à René Fauchois le premier volume des Mémoires du cardinal de Retz. Au bout de quelque temps, Sacha qui avait besoin du livre pour travailler, le lui réclame par téléphone. René Fauchois promet de l’envoyer, mais n’en fait rien, puis il part sur la Côte d’Azur. Un jour, il a reçu un paquet qui contenait les trois autres volumes des Mémoires du cardinal de Retz avec ces mots de Sacha Guitry : « Cher ami, permettez-moi de vous offrir ceci pour compléter votre collection… »

Plus loin :

« Il avait prêté un livre à un de ses amis. Au bout de quelques mois, celui-là avait bien renvoyé son livre, mais dans quel état… Il était froissé, corné, plein de traces de doigts et de taches de graisse.
Alors, Sacha Guitry acheta un hareng frais, l’enveloppa tout huileux dans un morceau de papier journal, et l’envoya à ce monsieur avec ce mot :
“Cher ami, je vous remercie de m’avoir rendu mon livre, et me permets de vous renvoyer le signet que vous aviez oublié à l’intérieur.” »

Guitry fait partie de ces personnalités à qui on attribue des citations dont ils ne sont pas les auteurs, et sur qui circulent des anecdotes plus ou moins véridiques. On ignore donc si les deux histoires qui précédent ont été inventées - par Guitry lui-même ou non.

La seconde histoire rappelle celle qui circule à propos d'André Chénier, lequel avait prêté à un importun l'un de ses livres, une édition des Poésies de Malherbe. Le volume lui fut apparemment rendu taché d'encre, en particulier la page 61, où Chénier rédigea la note suivante :

“J’ai prêté, il y quelques mois, ce livre à un homme qui l’avait vu sur ma table et me l’avait demandé instamment. Il vient de me le rendre (en 1781) en me faisant mille excuses. Je suis certain qu’il ne l’a pas lu. Le seul usage qu’il en ait fait a été d’y renverser son écritoire, peut-être pour me montrer que lui aussi il sait commenter et couvrir les marges d’encre. Que le bon Dieu lui pardonne, et lui ôte à jamais l’envie de me demander des livres.”

  




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