Emplettes



commentaire : personne, évidemment, ne s'intéressait à ce livre en phase terminale. Mais la bibliographie de Jules Tellier (1863-1889) est plus que succincte et on s'est donc emparé de l'ouvrage, peu courant, découvrant avec plaisir en page de faux-titre un envoi à François Coppée. Difficile d'imaginer le long périple qu'a pu suivre ce livre depuis la bibliothèque de François Coppée jusqu'à cette table du marché d'Aligre où cohabitait tout et n'importe quoi - du n'importe quoi, surtout, promis à la benne. On s'explique mal la découpe du papier mauve qui couvre le dos (et une partie de la couverture) afin de le tenir en place.


 






« Cette dinde de Raymonde Machard a publié il y a deux mois un roman, son deuxième, on peut dire son deuxième car elle ne s’arrêtera pas là, L’Œuvre de chair. Nous en parlions ce soir, Vallette, Dumur et moi. Roman illisible, prétentieux en diable, et sans le moindre intérêt, disait Dumur qui l'a lu sur manuscrit, sauf le dernier chapitre qui manquait. Raymonde Machard lui a dit, il y a quelques jours, d'un air tout heureux, que ce roman en était au soixante-quinzième mille et que Ferenczi, son éditeur, allait retirer pour atteindre d'ici trois mois le centième mille. Nous avons été tous trois un bon moment à rire. Je disais : J'imagine Flaubert, retombant dans le monde littéraire, lisant L’Œuvre de chair et qu'on lui dise : « Eh bien ! vous voyez cela ? soixante-quinze mille en deux mois ! Dumur disait que ce serait un bon tour à jouer que d'informer le fisc d'un pareil succès pour voir la tête de la dame devant la réclamation de l'impôt afférent à des droits d'auteur sur le tirage affiché. Rien de plus facile. Qu'il paraisse une réclame du livre donnant le tirage à soixante-quinze ou cent mille. On connaît l'adresse des Machard. On n'aurait qu'à envoyer la réclame au répartiteur des Contributions de leur quartier. Celui-ci se dirait : Machard ? J'ai des contribuables de ce nom. On verrait la dame obligée alors d'aller lui avouer qu'il s'agit là uniquement de bluff littéraire. Ces pantins mériteraient bien qu'on leur fasse de telles farces. 
C'est ce qui est arrivé, il y a quelques années, à Marcel Prévost, avec les Don Juanes. L'éditeur affichait partout un tirage formidable. Marcel Prévost fut taxé, comme impôt sur le revenu, sur ce tirage. Il fallut qu'il aille expliquer au répartiteur que tout cela était pure affaire de réclame. »

(Paul Léautaud, Journal littéraire)


Un livre de 1974 (numéro d'éditeur 244), pas inintéressant à première vue (sous influence Nouveau Roman) et qui passa visiblement inaperçu. L'auteur était dans la même promotion Sciences Po que Christian Bourgois et un certain Jacques Chirac. Pour la petite histoire, il sortit premier de cette promo, Bourgois était deuxième et Chirac troisième… Malheureusement pour lui, le nom de Jean-Yves Haberer restera associé à la débâcle du Crédit Lyonnais, au début des années 1990 (voir ici).






Un livre aussi amusant qu'inutile. Mais à 1€…







Très belle couverture, très années 1920. On se demande ce qu'aurait pensé Paul Léautaud du livre - un cran ou deux au-dessus de ceux de Raymonde Machard, cela dit…



Une curiosité : la brochure de l'édition 1939 de la fête de l'école Polytechnique, le Point Gamma (γ), créée en 1862 alors que l'école se trouvait sur la Montagne Sainte-Geneviève. C'était à l'origine une espèce de Carnaval à l'occasion duquel les élèves, maquillés, grimés et déguisés paradaient dans toute l'école. La fête fut supprimée en 1880, revint en 1919, s'interrompit pendant la Deuxième Guerre mondiale, de 1940 à 1947. Elle existe toujours. Cette brochure de 1939 précède donc de quelques mois le début du conflit… 














On a cru, à tort, qu'il s'agissait d'un catalogue complet des publications du Soleil Noir. Il s'agit en réalité du catalogue de vent d'une librairie autour du Soleil Noir. Pas inintéressant pour autat.



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