Eveline Mahyère - Je jure de m'éblouir




commentaire : Je jure de m'éblouir (dont on a découvert l'existence ici) est l'unique livre de son auteur, qui se suicida peu avant la parution du roman - à 28 ans selon l'éditeur, et à 32 ans si l'on s'en réfère aux dates de la Bibliothèque Nationale (1925-1957). Eveline (ou Evelyne) Mahyère était traductrice de romans policiers, notamment pour la collection Détective Club dirigée par Frédéric Ditis. Elle traduisit entre autres Frank Gruber (avec son duo de détectives Johnny Fletcher / Sam Cragg), Craig Rice (avec Malone, l'avocat poivrot) ou Lawrence Treat (un des inventeurs du roman policier procédural)... Avec Gruber et Rice, qui le plus souvent ne font pas dans la dentelle, on est loin du livre tragique de leur traductrice française.
Le roman paraît en 1958, soit quatre ans après Bonjour, Tristesse. Si l'on évoque Sagan, c'est qu'Edmond Buchet, l'éditeur de Je jure de m'éblouir, y voyait précisément un anti Bonjour, Tristesse - dont l'éditeur américain acheta par ailleurs les droits du livre de Mahyère. L'histoire est celle d'une adolescente de 17 ans qui a "tout pour être heureuse", selon les codes bourgeois de l'époque, mais à qui il manque une raison de vivre, un élément vital qu'elle cherche autour d'elle avec une rage désespérée. Elle pousse les autres à se dépasser, à aller au bout de leurs rêves et de leur passion, quand elle-même se le refuse. Elle va se laisser sombrer corps et âme dans sa passion pour une jeune femme (évocation, audacieuse pour l'époque, d'une liaison saphique) qui enseigne dans l'institution religieuse dont elle est l'élève. Amour impossible, sans issue, dont on ne sait trop s'il est réel ou bien s'il n'est pas plutôt un artifice pour "s'éblouir". Au final, elle se livrera à la mort, omniprésente tout au long du roman.
Ce roman, on ne le lit pas sans penser au destin de l'auteur, forcé qu'on est d'établir un parallèle entre son héroïne et elle. Le livre s'en trouve chargé d'une puissance singulière, troublante, notamment dans certains passages exaltés où le langage religieux et celui de la passion amoureuse, sensuelle, se confondent dans un registre presque bataillien. D'une langue très classique, Je jure de m'éblouir est ponctué d'extraits de lettres et du journal intime de l'héroïne qui lui donnent un certain rythme. Le livre a pris un coup de vieux, c'est certain, mais il a aussi un indéniable agréable charme 50 / 60 : on le lit en ayant en tête les images en noir et blanc et ces dialogues au phrasé si particulier des films de l'époque. Une curiosité.



Commentaires

  1. Un coup de vieux ? Pourquoi. Je ne trouve pas. S'il faut absolument le replacer dans son contexte, c'est facile. Les années 50/60, ce n'est tout de même pas le Moyen âge. Et puis, est-ce que Victor Hugo, Flaubert, Zola ont pris un coup de vieux ? Les bons livres ne vieillissent pas. C'est un très bon roman, fort bien écrit. C'est tout.

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