George Shearing (2)


On avait déjà évoqué ici George Shearing, il y a quelques mois, disant le bien que l'on en pensait et l'importance qu'il avait à nos yeux. Il est décédé ce 14 février, à l'âge de 91 ans. On propose ici le September in the Rain original, enregistré en 1949 par le premier quintet de Shearing, avec Marjorie Hyams au vibraphone, Chuck Wayne à la guitare, John Levy à la contrebasse et Denzil Best à la batterie.



Et pendant qu'on y est, voici la fin du chapitre IV du Sur la route, de Jack Kerouac, avec cet incroyable passage dans lequel il est question, et de quelle manière, de George Shearing.

George Shearing, le grand pianiste de jazz, était, à ce que disait Dean, semblable en tout point à Rollo Greb. Dean et moi allâmes voir Shearing au "Birdland" au cours de ce long week-end délirant. L'endroit était vide, nous étions les premiers clients, il n'était que dix heures. Shearing apparut, aveugle, mené par la main jusqu'au clavier. C'était un Anglais d'aspect distingué, un col blanc, empesé, assez costaud, blond, d'une grâce très nuit d'été britannique qui perça dès les premières mesures d'une douceur ondoyante qu'il joua tandis que le contrebassiste s'inclinait respectueusement et pinçait la cadence. Le batteur, Denzil Best, était assis, immobile, à part ses poignets qui claquaient les balais. Et Shearing commença à se balancer - un sourire apparut sur son visage extatique - à se balancer sur le tabouret de piano , d'arrière en avant, lentement d'abord, puis le rythme s'accéléra et il se mit à se balancer rapidement, le pied gauche bondissant avec la batterie, à balancer son cou avec mille contorsions, couchant son visage jusque sur les touches, rejetant ses cheveux en arrière, ses cheveux dépeignés maintenant, et commença à transpirer. La musique s'emballa. Le contrebassiste faisait le dos rond et dérouillait son instrument de plus en plus vite, il semblait que ce fût de plus en plus vite, pas autre chose. Shearing commença à plaquer des accords ; c'était un déluge somptueux et majestueux qui déferlait du piano, on aurait dit que l'homme n'avait pas le temps de les mettre en ordre. Ils déferlaient sans relâche comme un océan. Les types lui gueulaient : "Go !" Dean était en nage ; la sueur dégouttait de son col. "Le voilà, c'est lui ! Ce vieux Dieu ! Ce vieux Dieu Shearing ! Oui ! Oui !" Et Shearing savait qu'il avait ce dingue derrière lui, il pouvait entendre le moindre des hoquets et des imprécations de Dean, il pouvait le deviner bien qu'il ne pût pas le voir. "C'est ça ! fit Dean. Oui !" Shearing sourit ; il se balançait. Shearing se leva du piano, ruisselant de transpiration ; c'était en 1949, à sa grande époque, avant qu'il ne devienne tiède et commercial. Quand il fut parti, Dean désigna du doigt le siège vide. "Le siège vide de Dieu", dit-il.


Commentaires

  1. commentaire méga plat mais on se devait de vous le dire: sublime.

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  2. by the way, le lien de la video ne marche pas...

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  3. Non, non, c'est un excellent commentaire.
    Pour ce qui est de la vidéo YouTube, c'est moi qui l'ai faite, mais il semble qu'il y ait des problèmes de droit.

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  4. Lien à essayer : http://www.youtube.com/watch?v=ANy2iKOC-lE

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  5. the link is working now!
    thanx for reminding us about this last chapter Kerouac wrote about Shearing.

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